L’Afrique poubelle du monde ?

Il y a de cela un an une étude menée par l’ONG suisse Public Eye avait révélé que les populations de plusieurs pays de l’Afrique dont la Côte d’Ivoire, l’Angola, le Congo Brazzaville, le Bénin, le Mali, la Zambie, le Ghana, et le Sénégal étaient exposés à de graves risques de pollution. Cela était dû à la commercialisation et à l’utilisation de carburants de très mauvaise qualité.

En effet ces carburants selon l’ONG Suisse ne respectaient pas les normes européennes et contenaient 200 à 1000 fois plus de soufre que ceux vendus en Europe. Le soufre, substance très nocive et polluante peut avoir des conséquences désastreuses pour la santé, l’environnement, l’industrie.

L’étude menée à cette époque avait soulevé un tôlé au sein de l’opinion suscitant indignation et colère. Cependant l’affaire, à mon goût a été trop vite jetée aux oubliettes. C’était là l’occasion rêvée d’interpeller les responsables de ce scandale sanitaire et du même coup démanteler ce réseau mafieux par lequel transitait ce carburant de mauvaise qualité.

Connaissant les risques encourus pour la santé comment donc ces carburants toxiques ont pu se retrouver dans les différents circuits de distributions africains ?. L’absence de réaction et de condamnation de nos dirigeants en dit long sur leur ignorance et leur probable complicité sur les agissements de ces compagnies véreuses qui nous approvisionnent en carburant. Malheureusement ce que j’appelle « l’oil gate » un vrai scandale à mon sens  n’est que la face visible d’un gigantesque iceberg. Si d’autres études de la même envergure que celle de public Eye sont régulièrement menées on y fera des découvertes difficilement supportables pour le commun des mortels.

En effet l’on a trop souvent l’impression que l’Afrique est considérée comme une poubelle à ciel ouvert où toutes sortes de multinationales profitent de l’incapacité, de l’amateurisme, du laisser-aller, de la corruption au sein de nos gouvernements pour continuer à déverser tranquillement leurs « pourritures » sur le continent. De telles pratiques ne font qu’enfoncer l’Afrique et retarder son processus de développement car les conséquences sont perceptibles à plusieurs niveaux.

1· Sur le plan environnemental

Notre environnement est exposé à la mauvaise foi de ces industriels. Confronter à des règles environnementales très strictes en Occident, plusieurs compagnies, pour échapper à des éventuelles sanctions et poursuites judiciaires viennent verser les résidus de leurs activités industrielles sur des territoires africains notamment dans les cours d’eau qui sont si importants pour le cycle de vie de la faune et de la flore et vitale pour les populations dans leur quotidien.

• Le cas du Probo Koala

Le Probo Koala du nom de ce bateau d’une entreprise battant pavillon néerlandais qui en 2005, sans scrupules déversa des tonnes de déchets toxiques dans les eaux territoriales de la Côte d’Ivoire causa au passage un désastre environnemental et sanitaire sans précédent pour le pays. Les images de personnes infectées furent le tour du monde et les populations continuent de porter des séquelles graves : malformation cardiaque, problème respiratoire et cutanés.

Face aux réactions qu’a causées l’affaire, l’entreprise fautive avait vite fait de repêcher une partie des déchets mais le mal était déjà fait et des études de plusieurs ONG de protections de l’environnement dont Greenpeace ont démontré que la zone touchée ne pourrait pas accueillir d’espèces maritimes pendant plusieurs années ! Seigneur ayez pitié.

• L’industrie automobile

Chaque année, le marché automobile Africain est inondé de plusieurs marques de voitures n’entrant plus dans les normes en Occident. Ils sont communément appelé « France au revoir ».

Le paradoxe c’est que les populations raffolent de ces voitures car moins chères et plus accessible que les voitures qui sortent directement de l’usine et ayant effectué plusieurs tests de fiabilité. Malheureusement ce que les populations ne savent pas c’est que ces voitures sont à la fois dangereuses pour l’environnement et pour les populations elles-mêmes.

En sus plusieurs pays exportateurs d’essence de mauvaise qualité confrontent leur population à de graves risques de pollution car les « France au revoir » qui utilise ce carburant ne sont pas pour la plupart munis d’équipements adéquats notamment les filtres à essence pour traiter le carburant affecté.

Résultats, des milliers de particules polluantes sont chaque jour émises dans l’atmosphère causant ainsi des troubles respiratoires aux populations. Au Ghana par exemple, plus de 530 millions de Dollars ont été dépensé en consultation médicale pour des raisons de pollution. C’est affligeant

  2· Sur le plan sanitaire et alimentaire

• Le domaine sanitaire

Presque tous les secteurs d’activité en Afrique sont inondés de produits périssables et impropres à la consommation. C’est le cas par exemple du domaine pharmaceutique où l’on retrouve des médicaments qui sont interdits de vente notamment en Europe.

Les populations africaines utilisent donc des médicaments potentiellement toxiques pour la santé. Par exemple de nombreux médicaments sont proscrits sur le marché pharmaceutique français comme le combimal comprimé ou le co-arinate. Malheureusement ici en Afrique on retrouve ces produits interdits sur les étalages de nos pharmacies. Les probables conséquences sont terribles : développement de tumeurs et cellules cancérigènes, affaiblissement du système immunitaire, par conséquent réduction drastique de l’espérance de vie.

Le domaine alimentaire

Sur le plan alimentaire, le constat est plus terrifiant car plusieurs grands groupes agro industriels internationaux n’hésitent plus à se débarrasser de leurs denrées en voie de péremption sur le continent. Les boîtes de conserve, les produits laitiers, les boissons, la viande surgelée, les céréales, tout y passent. Résultat c’est toute notre chaîne de consommation qui est envahi par ces produits de consommation avec la bénédiction de nos autorités et de nos mafiosi d’opérateurs économiques uniquement intéressés que par la recherche du profit au risque de mettre en péril la santé de millions de consommateurs.

 3· Sur le plan économique

Nos gouvernants, pour la plupart corrompus sacrifient le devenir de nos nations car ces produits de consommation de mauvaise qualité, moins chères ont des répercussions négatives sur notre économie freinant ainsi son essor. Nos vaillants commerçants et artisans, qui sont spécialisés dans le savoir-faire local et qui veulent s’implanter sur le marché de consommation local sont confrontés à la concurrence déloyale de ces produits importés. Par conséquent pour arriver à survivre et maintenir à flot leurs activités nos commerçants et artisans sont obligés de basculer dans cette importation diabolique et destructrice. Résultat : les produits locaux tendent à disparaître laissant la place à des produits de qualité douteuse qui envahissent notre marché de consommation.

L’Afrique a toujours été considérée comme le continent à la traîne et les Africains sont en grande partie responsables de cette situation. Nous sommes trop attentistes, naïfs, espérant des solutions-miracles pour régler nos problèmes. Nous sommes aussi passés maître dans l’art d’élire des dirigeants corrompus et démagogues à la tête de nos. Nos matières premières sont vendues à vil prix à des entreprises étrangères qui vont les transformer en produits finis et revenir nous les revendre très chers. Au vu de cette situation comment voulons-nous qu’on nous respecte si nous ne sommes pas capables de prendre nos responsabilités et de nous assumer entièrement.

Nous devons changer de mentalités et accepter que nous sommes capables de produire et consommer Africain. Il faut qu’on se départît de certains comportements comme la paresse, l’appât du gain facile, la corruption. Il faut aussi placer les hommes qu’il faut à la place qu’il faut à la tête de nos institutions. Pour cela un travail de fond doit être fait, j’y reviendrai dans un prochain article. Il faut cesser avec les discours populistes, l’amateurisme chronique et oser faire bouger les lignes ce n’est qu’à ce prix que l’Afrique pourra prétendre à une certaine respectabilité.