Président Kaboré : les Burkinabès sont fiers, vraiment ?

Article : Président Kaboré : les Burkinabès sont fiers, vraiment ?
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12 septembre 2016

Président Kaboré : les Burkinabès sont fiers, vraiment ?

Voici un peu plus de 9 mois que Roch Marc Christian Kaboré a été élu président du Burkina Faso. Entre 2014 et 2016 le Burkina Faso a connu nombre de tumultes qui font désormais partie de l’histoire du pays. Du soulèvement populaire à la tentative de coup d’État du 15 septembre 2015 le peuple burkinabè a démontré qu’il aspirait à autre chose, une autre méthode de gouverner. C’est dans ce sens que l’élection présidentielle de 2016 a suscité beaucoup d’espoirs au sein de la population. Ils ont ainsi placé leur confiance en Roch Marc Christian Kaboré pour conduire aux reines du pays. Kaboré, ex-bras droit de Compaoré et pilier du régime de ce dernier pendant des années au même titre que Salif Diallo et Simon Compaoré, tous deux anciens lieutenants du « beau blaise » ont quitté le CDP (Congrès pour la Démocratie et le progrès) Parti au pouvoir avant le soulèvement populaire pour créer leur propre parti le MPP (Mouvement du peuple pour le progrès).

Ce trio, tombé en disgrâce auprès de l’ex-président, a profité de la cacophonie née de la volonté de ce dernier de modifier l’article 37 de la constitution pour briguer un nouveau mandat présidentiel. Dès lors, profitant de cet élan, ils se sont mobilisés au sein de l’opposition politique appuyée par la société civile pour faire barrage au projet de modification constitutionnelle. Mais le vrai mérite reviendra au peuple burkinabé qui a pris ses responsabilités et a décidé de « balayer » un régime qui n’a cessé de le spoiler, le piller et l’abaisser. On pensait donc qu’un renouveau démocratique allait émerger après cette longue période de malhonnêteté, de crimes et de bassesses en tout genre. La transition politique qui devait tracer les sillons de ce renouveau jusqu’aux prochaines élections s’est malheureusement discrédité par son favoritisme pour les membres du trio RSS (Roch, Salif, Simon). Au lieu de travailler à satisfaire les attentes du peuple, le régime de la transition avec à sa tête Michel Kafando a mis tout en œuvre pour ouvrir les portes du palais présidentiel à Roch Marc Christian Kaboré qui fut désigné candidat de son parti. Le chef d’orchestre de ce parachutage fut le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, bombardé par la suite Générale de Division à la fin de la transition.

Ce dernier avec l’aide de son entourage a écarté de la course tous les principaux challengers de Roch Marc Christian Kaboré. Zida doit s’en mordre les doigts aujourd’hui car celui qu’il a aidé à accéder au pouvoir a retourné sa veste depuis, et on peut le dire, il est dans de sales draps. Débarrasser de ses principaux concurrents et face à de piètres candidats qui n’ont fait qu’amuser la galerie et dont le plus sérieux était Zéphirin Diabré, Roch Marc Christian Kaboré déploya une machine électorale bien rodé pour convaincre les Burkinabès qu’il était l’homme de la situation. C’est ainsi qu’il fut élu au premier tour le 20 novembre 2015 président du Burkina Faso ; malgré un passé trouble, les Burkinabès avaient espoir en un vrai changement, mais après 9 mois d’exercice du pouvoir les Burkinabès ont vite déchanté et sont vite revenus sur terre. Alors, Monsieur Roch Marc Christian Kaboré les Burkinabès sont-ils fiers de votre début de mandat ?  Je n’en suis pas si sûr.

 Tâtonnements au sommet de l’État

Après sa prestation de serment le 29 décembre 2015, il a fallu attendre plusieurs jours avant la nomination d’un Premier ministre, les raisons de cette longue attente étaient dues à une querelle de leadership au sein du MPP, ensuite la formation du gouvernement est survenu une semaine plus tard. L’équipe enfin mis en place, le peuple n’attendait plus qu’elle se mette au travail et prenne des décisions fortes pour relever le pays, mais hélas nos dirigeants se sont distingués par leur amateurisme, mettant en place des mesurettes et non pas des mesures qui n’ont pas de portée à long terme…

Ces mesurettes, l’équipe dirigeante les ont mis en place pour calmer les ardeurs de la frange jeune de la population, principal acteur du soulèvement populaire. Confrontés à un taux de chômage extraordinairement élevé ces jeunes se sont vus proposer des postes dans le domaine de l’enseignement et de la santé. En effet l’équipe dirigeante à procéder à un recrutement 4500 instituteurs de l’école primaire, principalement des étudiants de niveau BAC+2, ceux-ci après une formation initiale de 6 mois se sont vu affectés dans les campagnes du pays. Ensuite au niveau de la santé, le gouvernement a procédé au recrutement de 10000 agents communautaires de santé pour une période de 6 mois non renouvelables.

En plus de cela, il y a aussi le projet HIMO (Haute Intensité de main-d’œuvre) en vigueur dans les villes. Les jeunes bénéficiaires de ce programme auront pour tâche d’assainir les artères de la ville, cela est louable mais malheureusement les villes du Burkina Faso ne sont pas nettoyables car les populations ont pris la mauvaise habitude de jeter leurs ordures en plein air et dans des caniveaux censés drainer des eaux de pluie et le travail de ces jeunes s’est révélé nul car l’objectif visé n’a pas été atteint. Bref, les jeunes ne se voient offrir aucune perspective ce qui est dommage car ils constituent le socle du développement d’un pays et comme je le disais dans un de mes articles précédent concernant l’emploi des jeunes il faut innover et ouvrir toutes les routes aux jeunes.

 

  L’avènement des Koglwéogo

Depuis l’accession au pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré, le Burkina Faso a connu la prolifération des groupes d’autodéfense communément appelés Koglwéogo. Il est vrai que le pays comptait déjà des regroupements d’individus comme les « chasseurs traditionnel dozos » qui travaillent en étroite collaboration avec les forces de l’ordre pour assurer la sécurité des communes du pays. Cependant ce qui est aberrant avec les koglwéogo c’est que ceux-ci se sont carrément substituer aux forces de défense et de sécurité pour faire régner l’ordre se donnant la légitimité de sévir corporellement et de prélever des amendes sur des individus soupçonner de délinquance . Cela montre une vraie faillite de l’État à assurer la sécurité de ses concitoyens. Cependant, dans des contrées où il n’y a aucune représentation des forces de l’ordre (Commissariat de Police, Gendarmerie Nationale), les populations sont livrés à elles-mêmes et face au grand banditisme elles s’en remettent aux koglwéogo. Il est vrai que ceux-ci contribuent à lutter contre la criminalité mais depuis le début de l’année ils se sont distingués par leurs différentes bavures, le rackette des populations et surtout une habitude chronique à défier l’autorité de l’État. Ce qui est paradoxal, c’est que même au sommet de l’État on se plaît à encourager ces milices d’autodéfense et pire, essayé de leur trouver un statut particulier.

Un homme illustre parfaitement cette situation ubuesque : Simon Compaoré, ancien maire de la capitale Ouagadougou, actuel ministre de l’Intérieur et autre tête pensante du trio RSS (Roch, Salif, Simon). Ce monsieur, en sa qualité de ministre de l’intérieur n’a pas hésité à étaler les carences criardes du gouvernement dans sa mission de sécurisation du pays et il a reconnu publiquement qu’il ne pouvait pas procéder à la dissolution des koglwéogo arguant que ceux-ci étaient nécessaires à la sécurisation du pays et qu’il faut travailler à les intégrer dans un système légal. Le sieur Compaoré s’est même proclamé « chef suprême » des koglwéogo. Mais j’ai envie de dire, « On est où là ». Dans un pays où l’on retrouve la Police, la Gendarmerie, l’Armée, qui engloutissent une grande partie du budget de l’État et où il y a des recrutements massifs chaque année, l’on est confronté à ce genre de scénario digne des plus grandes œuvres romanesque d’aventure.

Comment dans un état de droit où les dirigeants ont été choisi parce qu’ils affirmaient avoir un programme de société solide, concret et disposant des moyens nécessaire pour l’appliquer, prenant en compte tous les domaines de la société notamment l’intégrité territoriale du pays, se retrouve quelque temps après à confier la sécurité de sa population à des aventuriers sans foi ni loi tout droit sortie du film « Conan le Barbare » et commettant toutes sortes d’exactions. Les Burkinabès se sont rendu compte que les belles paroles mielleuses prononcés à tout vent lors de la campagne présidentielle n’étaient que pures illusions. Quand on aspire à diriger un pays il faut avoir de la poigne, peser le pour et le contre et trouver des solutions idoines qui sont en conformité avec le contexte du pays. Il faut gérer au plus vite le problème des koglwéogo car dans d’autres pays comme le Burundi et la Centrafrique les milices qui y sont nées ont débouché sur des rébellions.

 

   Le Marasme Socio-économique

Il n’est un secret de polichinelle que le Burkina Faso vit une situation économique préoccupante. En effet, depuis les soubresauts des 30 et 31 octobre et le coup d’État manqué du 15 septembre, le Burkina Faso a très mal à son économie, tous les secteurs sont dans le rouge et rien ne s’est arrangé avec l’arrivée au pouvoir du MPP et tout indique que la situation perdurera car l’équipe actuellement au pouvoir n’offre aucune alternative et semble dépasser par les événements car leur leitmotiv préféré est le suivant : « les caisses de l’État sont vides ». Ce statu quo étouffant exacerbe les populations entraînant une grogne sociale qui freine l’envie des potentiels investisseurs de venir investir dans le pays, ajouter à cela le phénomène des koglwéogo la situation devient plus complexe car l’image que ces derniers ont renvoyé ces derniers temps n’est pas du tout reluisante et décourage les bailleurs de fonds. Pour essayer de sortir la tête de l’eau le président Kaboré s’est tourné vers la « mendicité internationale » multipliant les voyages d’État pour aller exposer les problèmes du Burkina Faso à l’extérieur, comme si nous-mêmes Burkinabès sont incapables de trouver des solutions à nos problèmes. Comment un pays peut se développer s’il doit compter à chaque fois sur l’aide internationale.

Trois phrases du président Kaboré, illustrent parfaitement son incapacité ainsi que celle de son équipe à trouver des solutions idoines aux problèmes économiques du pays. C’était lors de ses différents déplacements à l’extérieur ; jugez en vous-même :

  » La situation économique du pays est très grave ». (Roch Marc Christian Kaboré aux Burkinabès vivant aux États-Unis)

 

 » Si on n’aide pas le Burkina ce sera la chronique d’un échec annoncé ». (Interview accordée au journal Le Monde, lors de sa visite à Paris)

 

« Il ne faut pas se leurrer, on ne peut pas sortir de notre chapeau une solution-miracle qui résoudra en six mois les solutions du pays ». (Roch Marc Christian Kaboré aux Burkinabès de Côte d’Ivoire en Juin dernier).

Pour couronner le tout l’équipe gouvernementale a récemment instauré des taxes sur les boissons alcoolisées, les jeux de hasard et les propriétés fonciers. L’on voit bien que le gouvernement navigue à vue et ses dernières mesures impopulaires et inappropriées ne font qu’amplifier la grogne sociale car les Burkinabès ne savent plus à quel saint se vouer. Au niveau de l’administration, les fonctionnaires sont de plus en plus démotivés et les syndicats sont sur le pied de guerre prêt à entrer en lutte pour revendiquer des arriérés de salaires et de meilleures conditions de travail.

 

  L’unité Nationale et la Justice remise en question

Il y a un autre point où le gouvernement du président Roch Marc Christian Kaboré était très attendu, celle de la justice notamment pour les martyrs de l’insurrection populaire, les victimes du putsch manqué de septembre 2015 et celui très attendu du dossier Thomas Sankara. Le régime de la transition même s’il a failli à cas même eut le mérite de donner un coup d’accélérateur sans précédent à ces dossiers, débouchant ainsi sur l’arrestation de plusieurs dignitaires du régime déchu.

Des mandats d’arrêts avaient été émis à l’encontre de Blaise Compaoré pour sa supposée implication dans l’assassinat de Thomas Sankara et du président de l’assemblée nationale Guillaume Soro accusé de connivence avec les putschistes de septembre 2015. Ses différentes actions fortes avaient permis aux Burkinabès de croire à nouveau en leur justice, mais depuis l’accession au pouvoir de Roch Kaboré tous ces dossiers sont traités de manière laxiste par des juges acquis et tombent peu à peu dans les oubliettes. Quoi de plus normal quand on sait que les principaux ténors du MPP sont cités dans plusieurs de ces affaires. Cette situation a permis à plusieurs leaders de l’ex parti au pouvoir de bénéficier de libertés provisoires sans qu’aucun jugement ne soit préalablement donné. La cerise sur le gâteau c’est que les mandats d’arrêts lancés contre Compaoré et Soro ont été purement et simplement annulé pour vice de forme dit-on : Oui c’est ça ! Nous ne sommes qu’à même pas naïfs jusqu’à ce point.

Ce scénario était d’autant plus plausible car notre exécutif s’est rendu à plusieurs reprises en Côte d’Ivoire pour espérer bénéficier des largesses du président Ouattara. Celui-ci en a sans doute profité pour exiger que les charges qui pèsent contre son ami et Mentor Blaise Compaoré, et son dauphin constitutionnel soient abandonné avant qu’il ne daigne répondre favorablement à leur demande « d’aumône », et c’est par la suite, lors du TAC ( Traité d’Amitié et de Confiance) entre les deux pays, que les questions de justice ont été sacrifiés au profit d’intérêts économiques. Eh oui, voilà comment on rend justice au pays des hommes intègres.

Ce qui est délirant avec nos autorités c’est qu’ils crient sur tous les toits qu’il faut procéder à une réconciliation nationale entre les habitants du pays et sauvegarder l’unité nationale. Pour ce faire, ils ont même mis en place le HCRUN (Haut Conseil pour la réconciliation et l’unité Nationale), organisme qui doit œuvrer à réconcilier les fils et filles du pays. Sans vouloir être pessimiste cela n’aboutira à rien de bon car sans justice préalable il est difficile de pardonner et sans pardon pas de réconciliation.

 

   Les luttes de clans au sein du MPP  

Démissionnaire du CDP (Congrès pour la Démocratie et le Progrès), les fondateurs du MPP que sont Roch Kaboré, Salif Diallo, Simon Compaoré avaient mis en avant la gabegie, le clientélisme, le copinage, le manque de démocratie interne au sein de l’ex Parti au pouvoir pour justifier leur fin d’idylle avec Blaise Compaoré leur mentor de toujours. Pour persuader l’opinion publique de leur changement de cap et de leur soi-disant volonté d’apporter une nouvelle forme de gouvernance, les hommes forts du MPP ont fait un semblant de mea culpa dans divers organes de presse pour prouver leur bonne volonté. Salif Diallo, désormais tout-puissant président de l’assemblée nationale était même allé jusqu’à affirmer : « qu’ils (Roch, Simon et lui-même) ont dîné avec le diable (Compaoré) mais qu’ils ne sont pas le diable ». Qu’est-ce qu’un homme politique n’est pas prêt à dire pour arriver à ses fins. Cette citation du Générale De Gaulle vient nous le rappeler :

« les hommes politiques ont du mal à croire en ce qu’ils disent, je suis donc surpris qu’il y ait des gens qui croient en eux ».

Aussitôt le pouvoir d’État acquit les mêmes tares du CDP se sont déportées au MPP, chaque leader voulant placer son homme de confiance à des postes stratégiques c’est ce qui a causé le retard auquel on a assisté lors du processus de formation du gouvernement. Ne dit-on pas à chaque fois qu’il faut mettre les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. Eh bien, au pays des hommes intègres ce n’est pas encore le cas, les tares se sont démultipliées lors des dernières élections municipales où le MPP a offert un piètre spectacle aux yeux des Burkinabès. Lors de ces élections locales il y a eu des querelles de positionnement au sein du parti débouchant sur des affrontements entre militants instrumentalisés entraînant des morts d’hommes. Les militants du MPP ont fini par montrer que rien n’avait finalement changé et que nombre des militants qui y étaient venus n’étaient intéressé que par desseins égoïstes. En définitive on est tenté de dire que MPP est égal à CDP et même pire.

 

 

Monsieur Roch Marc Christian Kaboré, voilà maintenant plus de 09 mois que le peuple souverain a décidé de vous faire confiance malgré vos nombreuses années passées au cœur du régime rejeté de Blaise Compaoré. Lors de la campagne présidentielle vous avez eu pour slogan « Roch, la réponse » mais j’ai l’impression que depuis votre arrivée au pouvoir c’est plutôt « Roch, les soucis ».

Il est vrai qu’on ne peut pas régler tous les problèmes à coup de baguette magique et il serait naïf de croire le contraire mais avec de la volonté politique, une vision à long terme, de l’audace, un plan de développement en adéquation avec les réalités du pays on peut obtenir de très bons résultats. Il est vrai que comparaison n’est pas raison, mais des pays moins nantis que le Burkina Faso, ont réussi des prodiges pour amener leur pays sur la voie du développement tout simplement parce que leurs dirigeants sont des visionnaires et ont des programmes de société qui sont en conformité avec les réalités de leurs pays. Bref monsieur Kaboré il est temps de vous mettre au boulot, car tous les secteurs d’activités de notre société sont anesthésiés.

L’éducation, que vous avez contribué à anéantir dans les années 90 suite au PAS (Programme d’Ajustement Structurel) imposé par les institutions de Bretton Woods peine à se relever et l’Université en grande partie illustre parfaitement les maux de notre système éducatif. En temps opportun l’Université est le lieu de l’excellence de la formation, la quintessence du savoir, le lieu où doit éclore le futur d’un pays mais au Burkina Faso l’université est perçue comme une usine à fabrique de chômeur, où l’on retrouve des étudiants incapables de se projeter dans l’avenir, décourager et sans ambitions. Le secteur économique, gangrené par la corruption et les intrusions politiques est en mauvais état. L’agriculture, l’élevage, l’artisanat, le tourisme souffre des mêmes maux depuis des années, le système de santé est au bord du précipice. Bref il y a urgence et il faut agir, donc Monsieur Roch Marc Christian Kaboré la balle est dans votre camp et vous n’avez pas beaucoup de temps.

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