Covid-19 : À Bobo-Dioulasso, la population dans la rue pour la levée du couvre-feu

Article : Covid-19 : À Bobo-Dioulasso, la population dans la rue pour la levée du couvre-feu
1 juin 2020

Covid-19 : À Bobo-Dioulasso, la population dans la rue pour la levée du couvre-feu

Mondoblog lance le projet Mondoblog, unis contre le Covid-19, pour raconter l’évolution et les conséquences de la pandémie de coronavirus du point de vue des Mondoblogueurs sahéliens.


Vendredi 29 mai, au cours de la conférence de presse hebdomadaire du gouvernement, la Ministre de la Santé, Claudine Lougué, a répondu à une question d’un journaliste sur la levée du couvre-feu en disant ceci: « Nous ne maîtrisons pas pour le moment la transmission intercommunautaire du Covid-19. Le couvre-feu sera levé lorsque nous aurons maîtrisé la transmission intracommunautaire du Covid-19. »

Pour enrayer la propagation du coronavirus, le président du Faso et président du Conseil des ministres sur l’épidémie du Covid-19, Roch Marc Christian Kaboré, avait dans son adresse à la nation, le 20 mars dernier, décrété un certain nombre de mesures urgentes pour stopper la propagation du coronavirus. Parmi ces mesures, il y avait l’instauration d’un couvre-feu sur toute l’étendue du territoire national burkinabé. Sur les recommandations des autorités sanitaires, le couvre-feu avait été fixé de 19h à 5h du matin avant d’être ramené de 21h à 4h du matin courant avril.

Etant donné la virulence du coronavirus, qui a mis à genou de nombreux systèmes sanitaires de par le monde, la population s’est pliée à l’obligation du couvre-feu. Cette restriction de déplacement a eu des répercussions énormes sur le secteur économique du pays des hommes intègres. Les acteurs du monde de la nuit et les promoteurs culturels ont été très fortement touchés par le couvre-feu. Depuis plus de deux mois, ces acteurs se retrouvent sans activité, et croulent sous le poids des charges qu’ils peinent à payer.

Mc Mani Zeppy couvre-feu

Publiée par Mohamed Coulibaly sur Samedi 30 mai 2020

Au fil des semaines, le couvre-feu s’est transformé en un véritable supplice pour les populations tant sur le plan économique que social. La population est d’autant plus mécontente que dans des pays comme la Côte d’Ivoire ou le Mali, les autorités ont procédé à la levée du couvre-feu, permettant ainsi à de nombreux citoyens de ces deux pays de reprendre leurs activités économiques. Aujourd’hui, les burkinabés ne comprennent pas pourquoi le couvre feu est levé au pays d’Houphouët Boigny et non chez eux, alors que la Côte d’Ivoire comptabilise plus de cas de contamination au Covid-19 (2 833 cas le 1er juin) que le Burkina Faso (847 le 1er juin).

Ras le bol général et sentiment de frustration, un cocktail explosif

Plusieurs citoyens se sont fait bastonner depuis le mois de mars par les forces de l’ordre pour avoir enfreint le couvre-feu. Dans ce contexte particulier, la population commence à en avoir plein le casque ! De nombreuses interpellations citoyennes ont eu lieu pour demander aux autorités de lever le couvre-feu vu que les marchés, les lieux de culte, les transports sont à nouveau accessibles, pour beaucoup cette situation devient incompréhensible. Ce lundi 1er juin, de nombreux élèves reprennent également le chemin des classes. Les mesures de restrictions sont en train d’être considérablement assouplies au Burkina Faso et les citoyens burkinabés ne veulent plus entendre parler de couvre-feu.

Manifestations à Bobo-Dioulasso pour la fin du couvre-feu le 30 avril 2020

La population a donc décidé de se faire entendre. Samedi 30 mai, les habitants de Bobo-Dioulasso, deuxième ville du Burkina Faso, ont donné le ton pour exiger la levée du couvre-feu. La matinée de ce 30 mai fut très chaude dans la belle citée de « Sya » où, très tôt dans la matinée, des responsables de la société civile ont rassemblé la foule pour battre le pavé. Dans la foule, toutes les tranches d’âges étaient représentées et on entendait scander le slogan: « Couvre-feu, on veut pas ! »

Centre-ville sous tension.
Crédits photo : Amos Traore

La situation s’est tendue quand les forces de l’ordre sont intervenues pour disperser les manifestants. À noter que les rassemblements avaient lieu en plein centre ville où se trouvent de nombreuses institutions étatiques (Gouvernorat, Haut commissariat, mairie, camp militaire).

Intervention des forces de l’ordre.
Crédits photo : Amos Traore

Les manifestants n’avaient pas reçu l’autorisation de manifester, mais ils sont quand même sortis, à leurs risques et périls. La population bobolaise était déterminée à se faire entendre coûte que coûte. Des heurts ont rapidement éclaté entre manifestants et forces de l’ordre, la Compagnie Républicaine de Sécurité (CRS) n’a pas attendu pour faire usage de gaz lacrymogènes afin de disperser les manifestants. Il y a eu également des courses poursuites à travers les artères du centre ville, des interpellations et des accidents.

Usage de gaz lacrymogène.
Crédits photo : Amos Traore
Manifestations à Bobo-Dioulasso pour la fin du couvre-feu le 30 avril 2020

Malgré tout, les manifestants sont restés mobilisés, pas question de faire demi tour. Après de nombreuses heures de face à face tendu avec les policiers, la pression est redescendue aux environs de midi. C’est Diakité Diafodé Kaba Alexandre, célèbre leader de la société civile à Bobo (présent dans la vidéo ci-dessus), qui a coordonné la marche.

Malgré la situation tendue, les affaires continuent. Ce vendeur ambulant propose des masques chirurgicaux pour se protéger du Covid-19 et des gaz lacrymogènes.
Crédits photo : Amos Traore

Une grogne qui grandit de jour en jour

Le lendemain, la population de Bobo-Dioulasso est une nouvelle fois sortie en masse pour demander au gouvernement de lever le couvre-feu, les mêmes slogans furent encore et encore scandés.

« Couvre-feu, on veut pas ! »

« Y en a marre du couvre-feu ! »

« Est-ce que le couvre-feu a neutralisé le Covid-19 ? Non! »

Capture d’écran Facebook Diakité Diafodé Kaba Alexandre

Pour cette nouvelle matinée de manifestation, les forces de l’ordre avaient quadrillé les principaux points stratégiques du centre-ville de Bobo-Dioulasso. Personnellement, j’ai constaté une indignation générale au sein de la population qui n’arrive plus à se conformer aux restrictions mises en place, qui ont bouleversé les habitudes des Bobolais.

Des jeunes plus que déterminés à se faire entendre.
Crédits Photo : Amos Traore

La cocotte-minute est sur le point d’exploser. Il est temps que les autorités prennent toute la mesure de ces signaux d’alerte. Les populations ont l’impression d’être infantilisées par le gouvernement, qui de son côté, n’arrive pas à communiquer efficacement sur la gestion de l’épidémie. Ce week-end, Bobo-Dioulasso a donné le ton. Demain quelles localités prendront le relais ? Qui emboîtera le pas aux Bobolais ?

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