Sport et Covid-19 à Bobo Dioulasso

Article : Sport et Covid-19 à Bobo Dioulasso
12 juin 2020

Sport et Covid-19 à Bobo Dioulasso

Mondoblog lance le projet Mondoblog, unis contre le Covid-19, pour raconter l’évolution et les conséquences de la pandémie de coronavirus du point de vue des Mondoblogueurs sahéliens.


Malgré la levée de plusieurs mesures restrictives, notamment le couvre-feu, les autorités du Burkina Faso restent en alerte maximale et appellent l’ensemble de la population à rester vigilante. C’est dans ce contexte de crise sanitaire que le monde du sport burkinabè a dû s’adapter.

Depuis le mois de mars, le sport professionnel est à l’arrêt, les autorités ont décidé de suspendre purement et simplement la saison de nombreuses disciplines sportives. Les compétitions sportives rassemblent beaucoup de monde et cette affluence est risquée en temps de coronavirus. C’est par exemple le cas du Championnat du Burkina Faso de football, annulé en raison de la propagation du coronavirus. La Fédération burkinabé de football (FBF) s’est exprimée au mois de mai : “La Fédération burkinabè de football, à travers le comité d’urgence […] a statué sur le sort de cette saison 2019-20 (…) L’option de l’annulation rétroactive des compétitions 2019-20 non achevées a été adoptée à l’unanimité.”
Cette décision a fait couler beaucoup d’encre et de salive au sein du milieu footballistique burkinabé.

Le maracana

A Bobo Dioulasso, la pratique du sport est ancrée dans les habitudes des Bobolais. Le jogging, le football (en particulier le maracana, football de rue très populaire) et le cyclisme y sont très pratiqués. Les amateurs et les professionnels ont donc dû adapter leur pratique sportive pour respecter les gestes barrières préconisés dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. Par exemple, au niveau de la cité universitaire de Belle-ville, les étudiants sont de grands adeptes du maracana. Ce sport de rue, qui fédère en temps normal différentes couches sociales, a connu quelques ajustements, ce qui n’est pas simple car le maracana est un sport de contact.
La preuve en images :

Les étudiants s’organisent pour jouer au maracana dans le respect du contexte sanitaire.
Crédit Photo : Amos Traoré
Nouvelle règle, il ne faut pas toucher l’adversaire sous peine de prendre un carton.
Crédit Photo : Amos Traoré
Maximum 9 joueurs sur le terrain.
Crédit Photo : Amos Traoré
Certains préfèrent s’isoler et jouer en petit groupe.
Crédit Photo : Amos Traoré

Les étudiants s’organisent donc par groupes de trois ou quatre sur le terrain pour pouvoir jouer en toute sérénité. Abdoulaye, étudiant en première année de génie mécanique et pensionnaire de la cité de Belle-ville, nous raconte comment lui et ses collègues ont modifié les règles du maracana pour s’adapter au contexte de crise sanitaire.

« Avec le coronavirus, on ne veut pas être nombreux du terrain. En général, le maracana se joue avec des équipes de 7 personnes, donc 14 joueurs sur le terrain. Avec le Covid-19 on a un peu changé cette règle. Pour respecter au maximum la distanciation physique, chose compliquée (rires), on s’organise en deux équipes de 4 joueurs, soit 8 joueurs sur le terrain. Quand le premier groupe termine sa partie, un autre groupe prend le relais. Il est aussi formellement interdit de se toucher, pas de contact sinon c’est carton rouge direct ! L’arbitre veille au grain (rires). C’est vrai que ça change du maracana tel que nous le connaissons, mais avec cette sale maladie il faut être prudent et prendre des précautions. Quand la pandémie sera maîtrisée, on pourra à nouveau se faire de bonnes parties de maracana. »

Abdoulaye se prépare pour une partie de maracana
Crédit Photo : Amos Traoré

Le cyclisme

Les cyclistes de Bobo Dioulasso ont, eux-aussi, changé leurs habitudes.
En cette matinée de dimanche, je suis allé à la rencontre de cyclistes amateurs, membres du Vélo Club de Bobo. Ils reprennent tout juste l’entraînement après plusieurs semaines d’interruption.
Zoungrana Idrissa, mécanicien de son état, pratique le cyclisme en tant qu’amateur depuis près de dix ans maintenant. Il me confie sa joie de pouvoir pédaler à nouveau :

« Je suis le capitaine de route de l’équipe As Sifa et aujourd’hui c’est attaque sur attaque (rires). Sincèrement, c’est la première fois en dix ans que j’ai dû arrêter de pédaler pendant des jours. C’était vraiment difficile. Le coronavirus a perturbé notre programme. Avant que la maladie « n’atterisse » au pays, moi et mes coéquipiers on s’entraînait très dur pour le championnat national qui devait se tenir début juin. Et finalement, c’est aujourd’hui seulement qu’on reprend l’entraînement ! Mais on ne va pas faire de longues distances, juste quelques kilomètres pour retrouver des sensations. Nous restons prudents, nous allons reprendre progressivement. »

Zoungrana Idrissa prépare sa monture.
Crédit Photo : Amos Traoré
De gauche à droite : Zoungrana Idrissa, Sanfo Hamidou et Sanou Paul
Crédit photo : Amos Traoré

Aux côtés de Zoungrana Idrissa, il y a Sanfo Hamidou et Barro Claude,tous deux commerçants, il y a aussi Sanou Paul, policier, et Rabo Madi et Zebre Seydou, deux artisans et qui sont eux aussi contents de pouvoir remonter sur leur vélo.

« Le vélo est un sport exigeant pour l’organisme, avec le Covid-19 on ne va pas forcer. On va juste faire quelques kilomètres pour réveiller nos jambes qui étaient endormies. »

Et devinez quoi ? Un autre larron s’est glissé parmi ces cyclistes… Et oui, c’est moi ! Depuis trois ans maintenant, je suis sociétaire de l’As Sifa de Bobo Dioulasso.

A droite de la photo, c’est moi !
Crédit Photo : Amos Traoré

Ce dimanche, j’ai moi aussi repris l’entraînement avec mes coéquipiers. Il faut dire qu’après trois mois de rupture, ce ne fut pas chose aisée ! Pour ne pas fatiguer l’organisme, on a roulé seulement quelques kilomètres. Malgré la courte distance, j’ai dû écraser mes pédales pour terminer la dernière côte avant notre retour à Bobo Dioulasso ! Dure la reprise ! Mes coéquipiers m’ont bien évidemment chambré à l’arrivée. Ce n’est que partie remise : dès que mon entraînement sera au point je prendrai ma revanche !

Après l’effort, le réconfort.
Crédit Photo : Amos Traoré

La pandémie de coronavirus a eu un véritable impact sur la vie sociale au Burkina Faso. C’est donc un plaisir de retrouver ses coéquipiers pour partager un moment sportif suivi d’un moment convivial autour d’un verre.

Selon les derniers chiffres des autorités sanitaires, il semble que la maladie soit en train de reculer vu la baisse du nombre de nouveau cas de contamination. Plusieurs mesures restrictives ont été levées (couvre-feu, réouverture des lieux de réjouissance populaire). Il faudra sans doute attendre de longues semaines pour constater un retour à la normale dans tous les secteurs d’activités. En ce qui concerne la pratique du sport, les populations se sont globalement adaptées à la nouvelle norme et comme le dit mon coéquipier Sanou Paul: « Le sport s’est adapté au Covid-19 et bientôt le sport reprendra ses pleins droits pour le bonheur de tous. » 

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