Ce conte que j’ai retrouvé après le confinement

Article : Ce conte que j’ai retrouvé après le confinement
14 juillet 2020

Ce conte que j’ai retrouvé après le confinement

Mondoblog lance le projet Mondoblog, unis contre le Covid-19, pour raconter l’évolution et les conséque⁸nces de la pandémie de coronavirus du point de vue des Mondoblogueurs sahéliens.


La pandémie de coronavirus m’a permis de comprendre à quel point des choses qui paraissent insignifiantes peuvent devenir des trésors. Pour moi, c’est incontestable, cette crise sanitaire a été l’occasion de livrer chaque jour la meilleure version de moi-même à la société. Rien n’est acquis et tout peut basculer à n’importe quel moment. Durant la période de confinement, j’ai fait un saut dans le temps en redécouvrant dans de vieux cartons, un recueil de contes que m’avait offert mon père, il y a de cela 16 ans. Au fil des années et avec l’apparition du numérique, j’ai posé ce livre dans un coin. Ce livre qui m’a pourtant apporté tant de joie quand j’étais enfant. Sans l’arrivée du coronavirus, je n’aurais sans doute jamais retrouvé ce recueil de contes. Pire, il aurait probablement fini ses jours au fond d’un vieux carton en proie aux rongeurs et à l’humidité.

Crédits Photo : Amos Traoré


19 juillet 2004 Pour me récompenser de mon excellente année scolaire, mon père m’a fait cadeau du recueil Contes de tous les pays, d’Ann Rocard. Je me souviens encore, chaque matin, je dévorais ce formidable livre sous l’ombre d’un arbre dans la cour familiale. Ah je donnerais tout pour revivre ses moments. Je me plongeais dans des histoires captivantes issues des quatre coins du monde. Je lisais, encore et encore. Lorsque j’ai exhumé le livre du tréfonds des cartons, pendant le confinement, une certaine nostalgie m’a submergée. L’espace de quelques jours, j’ai retrouvé mon âme d’enfant et je vous avoue que ça m’a fait un bien fou ! Il faut le dire, le contexte auquel on est confronté en ce moment est difficile. Dans le livre, on retrouve des contes de tous les pays comme La fiancée du crocodile (Côte d’Ivoire), Le bucheron et l’arbre (Maroc), Le bon et le méchant (Sénégal), Coyote et le soleil (États-Unis), Les yeux du jaguar (Venezuela), La sorcière Bistokère (Italie), Le pays des fleurs (Australie). Je vous partage les histoires qui m’ont le plus marqué et qui m’ont fait le plus rire.


Le bucheron et l’arbre

Crédits Photo : Amos Traoré
Crédits Photo : Amos Traoré

Dans ce conte marocain, il est question d’un pauvre bûcheron qui va chaque matin dans la forêt pour abattre un arbre, récolter les branches. Puis, il retourne les vendre dans son village. Un jour, alors qu’il s’active pour abattre un arbre, il entend soudain une voix qui vient du tronc d’arbre :

Si tu me laisses en paix, je te donnerais ce que tu voudras.
Donne-moi quelque chose à manger, répondit le bûcheron. 

Il apparaît alors un petit moulin au pied de l’arbre et la voix expliqua :
Tu n’auras plus qu’à dire: « Fais ce que font les moulins », et ce moulin moudra la farine. 

Le bûcheron n’en croit pas ses yeux. Il ramasse le petit moulin et rentre chez lui. Il montre à sa femme l’étrange objet et crie :
Fais ce que font les moulins !

Et le moulin obéit ! Le bûcheron et sa femme se sautèrent dans les bras. Désormais, ils n’auront plus jamais faim.
Malheureusement, quelques jours plus tard, le bûcheron et sa femme, sont victimes de la fourberie d’une vieille mendiante qui leur vole le moulin. Le bûcheron retourne alors dans la forêt pour abattre l’arbre magique qui lui avait donné le moulin. 

Et comme la première fois, la voix de l’arbre lui dit :
Si tu me laisses en paix, je te donnerais ce que tu voudras.
Donne moi quelque chose à manger.

Aussitôt, un plat apparaît et la voix explique :
Dis-lui : « Sers ce que servent les plats », et tu mangeras à ta faim.
En effet, dès que le bûcheron prononça cette phrase, le plat se remplit de couscous et de viande.

Le lendemain matin, le bûcheron est encore victime de la roublardise de la vieille mendiante qui réussi à voler le plat magique en le remplaçant par un faux. Le bûcheron pense alors que le plat ne fonctionne plus. Furieux, il se rend dans la forêt, pour frapper l’arbre magique. 

Que veux-tu encore ?, demande la voix de l’arbre.
Quelque chose à manger, répond le bûcheron.

Trois bâtons apparaissent alors devant le tronc et la voix explique :
Dis simplement: « Faites ce que font les bâtons ».

Le bûcheron prononça la formule magique et les trois bâtons se mirent à le battre.
Au secours !, hurle le bûcheron.
Il suffit de dire : « Je me repens au nom d’Allah », et les bâtons s’arrêteront.
Je me repens au nom d’Allah, gémit le bûcheron. 

D’un coup, les bâtons s’immobilisèrent, et le bûcheron les attrapa pour les emporter chez lui. Ce dernier soupçonnait fortement la vieille mendiante d’être la coupable du vol de ses objets magiques. Lorsque la vieille vint pour faire l’aumône, le bûcheron lui montra les trois bâtons et dit :
Dis leur : « Faites ce que font les bâtons », et tu obtiendras tout ce que tu voudras. 

La vieille femme prononça la formule magique et les bâtons sautèrent sur son dos.
Au secours!, cria la vieille femme.
Rends-nous le moulin et le plat que tu nous as volés !, ordonna le bûcheron
Ils sont cachés dans ma maison, de l’autre côté de la route, gémit la mendiante. 

Le bûcheron courut chercher son moulin et son plat, puis il confia à la vieille femme la deuxième formule :
Je me repens au nom d’Allah…, répéta la vieille mendiante.

Les bâtons la laissèrent en paix et elle s’enfuit à toutes jambes. Grâce au moulin et au plat, le bûcheron et sa femme ne manquèrent plus jamais de rien. Et si un voleur voulait s’en emparer, les trois bâtons étaient là pour les protéger. 

Cette histoire du bûcheron m’a appris que la nature donne tout à l’Homme pour qu’il puisse s’épanouir. Ce dernier n’est pourtant pas toujours reconnaissant et il est surtout prompt à la détruire. Morale de l’histoire, l’Homme sera victime de la cupidité de ses semblables. 


Le pays des fleurs

Crédits Photo : Amos Traoré

Ce conte australien est l’un de mes préférés, il retrace l’histoire d’un vieux sorcier nommé Bayamie. Le vieux sorcier ne supportait plus la méchanceté des Hommes, il décida alors de quitter la terre pour se réfugier au sommet d’une haute montagne. Après le départ de Bayamie, toutes les fleurs se fanèrent et la terre devint un immense désert. On oublia presque qu’autrefois, les fleurs avaient parfumé cet endroit et que les insectes voletaient parmi les bouquets multicolores. C’est alors que trois magiciens, qui ne supportaient plus de voir la terre dans ce triste état, décidèrent d’aller à la recherche de Bayamie.

Rendons visite au vieux sorcier. On prétend qu’il vit au sommet des monts Oubi-Oubi !

Pendant quatre longues journées, les trois magiciens grimpèrent les monts avec courage. Chaque soir, ils franchissaient une barrière de nuages noirs, mais ils ne se reposaient pas. A la fin de la quatrième journée, ils atteignirent le sommet des monts Oubi-Oubi où ils trouvèrent enfin le vieux Bayami.

Que faites-vous là ?

C’était bien le vieux sorcier ! Le premier magicien prit la parole :

Bayamie, notre monde est devenu trop triste.
Il n’y a plus ni fleurs, ni miel, ni oiseaux, ni insectes…, ajouta le second.
Les enfants ne chantent plus, soupira le troisième magicien. Les hommes seraient certainement moins méchants si tu leur redonnais des fleurs.  

Du haut de sa montagne, Bayamie regarda la terre. Oui ce monde était devenu très triste. C’est pourquoi le vieux sorcier décida d’aider les trois magiciens qui avaient eu le courage de venir le trouver. D’un geste, il les transporta à Bullimah, le pays des fleurs. Bullimah était un pays merveilleux. Toutes les fleurs de l’univers y fleurissaient et jamais elles ne se fanaient. Un parfum délicieux flottait dans les airs. Les rayons du soleil dansaient de tous côtés. Bayamie tendit la main :
Choisissez vos fleurs préférées ! Emportez-les sur la terre mais laissez moi les plus belles et les plus folles.

C’est ainsi que les trois magiciens retournèrent sur terre, les bras chargés de fleurs, et la terre retrouva rapidement des couleurs. Les abeilles volaient d’arbres en buissons, les papillons de prés en champs, et les enfants dansaient, dansaient des refrains fleuris au pied des monts Oubi-Oubi.

Quand j’ai relu ce conte, j’ai immédiatement pensé à la situation que nous vivons actuellement et aux multiples dommages que nous causons à la nature. Il serait grand temps que nous prenions conscience de nos actes, comme ces trois magiciens, et que nous fleurissons à nouveau notre monde.


La sorcière Bistokère

Crédits Photo : Amos Traoré

Les aventures de Petit-Pierre m’ont beaucoup fait rigoler. Le jeune garçon est malin, rusé, ingénieux et il en a fait voir de toutes les couleurs à la sorcière Bistokère. Cette dernière voulait le manger. Petit-Pierre raffolait des poires et il aimait grimper sur un gros poirier chaque matin sur le chemin de l’école. Il avait l’habitude de rencontrer la sorcière Bistokère près de l’arbre. La sorcière voulait à tout prix croquer tout cru Petit-Pierre. Elle a alors élaboré toutes sortes de stratégies pour kidnapper le jeune garçon. Mais à chaque fois, Petit-Pierre, rusé comme un renard, arrivait à s’échapper. Un jour, Bistokère avait réussi à ramener l’enfant chez elle. Elle avait préparé une grande marmite dans laquelle Petit-Pierre devait mijoter. Là encore, Petit-Pierre a fait part de son génie, il s’est libéré et a fait en sorte que ce soit la sorcière Bistokère qui tombe dans la marmite. Depuis ce jour, on peut grimper au sommet du poirier sans risquer de rencontrer la sorcière Bistokère. Sacré Petit Pierre !



Le bon et le méchant (Sénégal), Coyote et le soleil (États-Unis), Les yeux du jaguar (Venezuela), et bien d’autres contes du livre ont égayé mes journées de confinement. J’ai fait un saut dans le temps, dans une autre époque, plus insouciante que celle dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Et je me suis redécouvert. J’ai déposé soigneusement ce livre au chevet de mon lit pour qu’il ne me quitte plus. Cet ouvrage est une véritable thérapie, on y découvre de belles leçons de vie. Je m’en suis terriblement voulu de l’avoir rangé au fond d’un carton pendant tant d’années. Désormais, on va cheminer ensemble.

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