Qui pour diriger le Burkina Faso au soir du 22 novembre ?

Article : Qui pour diriger le Burkina Faso au soir du 22 novembre ?
28 octobre 2020

Qui pour diriger le Burkina Faso au soir du 22 novembre ?

Dans quelques semaines, les Burkinabè seront appelés aux urnes pour élire le prochain président du Faso et renouveler le parlement à l’occasion des élections couplées (présidentielle et législative). Le scrutin présidentiel du 22 novembre est un enjeu crucial pour l’avenir du Burkina Faso. Le pays des hommes intègres doit faire face à d’immenses défis et le prochain président du Faso aura de lourdes responsabilités sur les épaules.

Lundi 26 octobre, la Cour constitutionnelle a définitivement validé les dossiers de candidature des prétendants au fauteuil de Kosyam (palais présidentiel). Ces candidats avaient déjà reçu le feu vert de la CENI (Commission nationale indépendante). Les candidats à la magistrature suprême sont : Roch Marc Christian Kaboré (président sortant), Zéphirin Diabré, Ablassé Ouédraogo, Gilbert Noel Ouédraogo, Eddie Komboïgo, Kadré Désiré Ouédraogo, Yacouba Isaac Zida, Tahirou Barry, Do Pascal Sessouma, Abdoulaye Soma, Ambroise Farama, Yéli Monique Kam (seule femme en lice pour cette présidentielle), et Claude Aimé Tassembédo.

Le 31 octobre prochain, ils seront donc 13 candidats à arpenter les contrées du Burkina Faso pour battre campagne. Que faut-il attendre de ce scrutin présidentiel aux vues des forces en présence ? Chacun des 13 candidats essaye de déballer un semblant de programme politique, qui fait frémir pour le moment rien que leurs militants. Pour être honnête, je ne vois pas qui sort du lot parmi ces 13 candidats. Ce sont presque les mêmes acteurs qui sont sur le devant de la scène politique depuis des décennies, et ils ont contribué d’une manière ou d’une autre à embourber ce pays dans la léthargie par l’application de politiques hasardeuses et incohérentes.

Qu’est ce que ces candidats apportent de nouveau ?

Ce qui me frappe le plus et me révolte par la même occasion, c’est le discours entonné par les différents candidats à la présidentielle. Rien dans leurs propos ne laisse présager qu’ils ont une vision claire et ambitieuse pour le Burkina Faso. C’est la stratégie de faire du neuf avec de l’ancien, avec une dose bien serré de populisme. On prend de vieilles idées, on les recycle et on fait croire que l’on a un projet de développement pour le Burkina. Là encore, pour les candidats à la présidentielle, l’hypocrisie est à un degré de paroxysme moindre. Si l’on prend le cas des candidats aux législatives, c’est désolant, chacun lutte pour ses propres intérêts.

On a l’impression d’être en face de gamins qui se bagarrent dans une cour de récréation pour s’arracher un jouet. Rien de concret ne sort de leurs discours où la mal cause, la carence en matière d’offre politique, l’hypocrisie sont pignons sur rue. Les sympathisants de ces acteurs politiques sont également à côté de la plaque. Majoritairement zélés et bornés, ils sont prêts à se renier eux-mêmes pour s’engager dans le long terme dans une voie obscure avec des aventuriers qui se font appeler Hommes politiques. Sincèrement dit, j’ai peur pour l’avenir du Burkina Faso.

Les défis sont énormes pour le pays et on peut en citer à la pelle : le défi sécuritaire, les déplacés internes qui n’en peuvent plus de leur situation, la crise sanitaire du Coronavirus qui a entraîné une terrible récession économique occasionnant son corollaire de difficultés sociales. Bref, sans être trop alarmiste, on peut dire qu’il y a péril dans la demeure, le Burkina est dans le dur, nombreux de mes concitoyens tirent le diable par la queue. Ils ne veulent qu’une chose : survivre.

Toujours le même discours

C’est dans ce contexte que près de 6 millions de burkinabè seront appelés aux urnes le 22 novembre prochain. Pour ma part, j’ai une idée du déroulement de la campagne qui va s’ouvrir dans quelques jours. Le président sortant va surfer sur un bilan très triste qu’il va embellir par tous les moyens au fil de ces tournés, grâce à une énorme machine de communication qui va bénéficier de puissants moyens. Avec cette stratégie, Roch Kaboré, le candidat du MPP (Mouvement du peuple pour le progrès) parti actuellement au pouvoir, va convaincre les populations que son bilan est satisfaisant et que c’est à cause de certains imprévus qu’il n’a pas pu dérouler entièrement son programme (oui, c’est ça, et puis quoi encore ?). Lui et son équipe de campagne vont s’évertuer à déclarer aux populations qu’il faut un 2e mandat pour terminer le travail (laissez-moi rire).

Les autres candidats vont mobiliser leur énergie pour tirer à boulets rouges sur le président sortant sans proposer de réelles alternatives. Bref, un vaste cinéma se profile à l’horizon et la population devra être actrice de ce scénario. Les défis sont grands pour le pays, mais j’ai l’impression que les candidats ne se rendent pas compte de ce qui est en train de se jouer. Si l’on prend par exemple la question de la crise climatique, aucun des candidats n’a une position claire là-dessus, ils sont bien trop occupés à élaborer des stratégies d’un autre temps pour charmer le peuple.

La gouvernance de Sankara, une référence

Le capitaine Thomas Sankara, leader de la révolution d’août 1983 et ancien président du Burkina Faso doit se retourner actuellement dans sa tombe face à ce spectacle. Sankara, ce dirigeant intègre, honnête, travailleur et surtout visionnaire avait réussi à sortir le Burkina de l’ornière pour en faire un pays qui est capable de se développer rien qu’en comptant sur ses propres ressources, le tout en l’espace de 4 ans. 33 ans après son assassinat et à quelques semaines de l’une des présidentielles les plus déterminantes du pays, Sankara doit constater avec amertume l’amateurisme et le manque de vison dont fait preuve la classe politique actuelle.

 » On met en place des institutions, mais il faut savoir qu’un bois ne devient pas un caïman parce qu’il a longtemps séjourné dans l’eau. Je pense que les Burkinabè méritent mieux. Ils étaient pauvres, travailleurs et dignes. Aujourd’hui, hélas on est toujours aussi pauvres mais je constate que l’on est de plus en plus arrogants »

Les 13 prétendants au siège de Kosyam ont pour habitude de chanter les louanges de Thomas Sankara mais combien d’entre eux sont prêts à faire du Thomas Sankara ? La question reste posée et relève sans doute de l’utopie. J’aimerais que nous fassions une halte sur les propos du commandant Abdoul Salam Kaboré, ex haut gradé de l’armée et ancien très proche collaborateur de Thomas Sankara sous la révolution. Ce dernier, qui s’est exprimé dans les colonnes du quotidien burkinabè Le Pays puis relayé sur ce site, livre ceci:

« Je reste sur le concept de démocratie avec un contenu de classe. Si on regarde la classe dirigeante aujourd’hui, en quoi peut-on parler de démocratie ? Le mode de démocratie par personnes interposées n’est valable que si ces personnes sont vertueuses. Or, aujourd’hui on devient député pour gagner de l’argent ; ces personnes ne peuvent pas travailler pour le peuple. On met en place des institutions, mais il faut savoir qu’un bois ne devient pas un caïman parce qu’il a longtemps séjourné dans l’eau.

Je pense que les Burkinabè méritent mieux. Ils étaient pauvres, travailleurs et dignes. Aujourd’hui, hélas on est toujours aussi pauvres mais je constate que l’on est de plus en plus arrogants. Etendons-nous un peu sur le vécu de cette démocratie. On voit qu’elle est caractérisée par la mise en place d’institutions dites démocratiques dont les animateurs s’octroient des salaires et des indemnités monstrueuses, des élections dites libres et transparentes où le clientélisme se le dispute aux fraudes et autres faussetés.

On voit aussi une paupérisation plus grande de la majorité du peuple au profit d’une minorité qui a tous les droits, avantages et moyens, résultats d’une concussion entre le politique, l’administration et le monde des affaires, une corruption généralisée que des tenants du pouvoir eux-mêmes ont stigmatisée, dont la résultante est une gangrénation de la société dans tous ses compartiments »

thomassankara.net

Rendez-vous le 22 novembre

Le tableau peint par le commandant Abdoul Salam Kaboré ne souffre d’aucune contestation. Voilà la médiocrité qui est servie au peuple burkinabè depuis des décennies maintenant. Malheureusement et encore malheureusement, il n’est pas du tout évident que la situation change au soir du 22 novembre prochain. J’ai envie de dire que pour ce double scrutin (présidentielle et législative), les burkinabè seront amenés à choisir entre le mal et le pire.

Vu la situation dans laquelle se trouve le pays, ce choix cornélien est tout simplement effrayant. Espérons que le prochain président du Faso ait une petite dose (pas beaucoup) de patriotisme, d’intégrité et de vision afin de mener à bon port le navire Burkina Faso. Les différents candidats arpenteront les différentes zones du Burkina et s’ils ne se laissent pas aveugler par leur ego surdimensionné et leur hypocrisie légendaire, je crois qu’ils vont prendre la pleine mesure de la situation.

Le prochain président du pays des hommes intègres sera attendu au tournant, aucune période de grâce ne lui sera accordée et il faudra qu’il mouille le maillot pour son peuple vaille que vaille. Les burkinabè devront être aux aguets avant, pendant et après ces élections car c’est le peuple qui donnera le ton aux dirigeants pour une gouvernance vertueuse et responsable. Terminons avec cette invite du commandant Abdoul Salam Kaboré aux burkinabè:  » Que chacun de nous essaie de se ressaisir et participer à l’édification d’un Burkina où il fasse bon vivre. Je dois avouer que la voie suivie de nos jours ne nous y mènera point. La solution est que chaque Burkinabè où qu’il soit lutte pour le mieux-être de l’ensemble et non pas qu’il soit assujetti à des mots d’ordre qui donnent la grosse part à une minorité et des prébendes au peuple. »

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