Au Congo, Destin Bibila crée une entreprise pour recycler les déchets organiques en biocharbon, entretien avec le militant écologiste

Article : Au Congo, Destin Bibila crée une entreprise pour recycler les déchets organiques en biocharbon, entretien avec le militant écologiste
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1 juillet 2021

Au Congo, Destin Bibila crée une entreprise pour recycler les déchets organiques en biocharbon, entretien avec le militant écologiste

L’Afrique connaît actuellement une somme de mutation incroyable qui en fait un point focal pour l’avenir du monde.

L’Afrique ne se contente plus d’être un simple spectateur. Elle est désormais une actrice de premier plan dans la marche du monde.

Le continent africain participe à relever divers défis grâce notamment à la jeunesse de sa population. En effet, aux quatre coins du continent, des jeunes mettent en place différentes initiatives afin d’apporter des solutions innovantes pour parer à des défis de tout ordre.

Parmi ces jeunes qui participent à la bonne marche du monde, on peut citer le congolais André Destin BIBILA KIMPOLO.

Diplômé de l’École Nationale Supérieure Polytechnique de l’Université Marien Ngouabi, Destin participe activement à la préservation de l’environnement.

Ce militant écologiste a compris très tôt que les différentes activités anthropiques ont un impact considérable sur le climat.

Vu donc la situation d’urgence, André Destin BIBILA KIMPOLO a décidé de faire quelque chose. Il a créé l’entreprise Ets Wumela BioCharbon.

Destin Bibila Crédit Photo : Destin Bibila avec son accord pour utilisation

Elle est spécialisée dans la transformation des déchets de la biomasse (déchets ménagers, organiques, etc.) en charbon écologique adapté aux réalités de nombreux ménages au Congo.

Face à la pollution à grande échelle dans sa ville de Pointe Noire où des déchets organiques de toute sorte jonchent les rues, Destin a eu l’idée du charbon écologique.

Cette solution a l’avantage de répondre aux problèmes de pollution dans d’autres villes du Congo, comme Brazzaville, et elle pourra s’étendre dans d’autres pays en Afrique.

Pour la rédaction de cet article, Destin me fait l’immense honneur de m’accorder un entretien très enrichissant. Nous allons aborder son parcours exceptionnel et son objectif de préservation de l’environnement.

Un héros de l’environnement

Bonjour Destin merci pour le temps que vous m’accordez, pouvez-vous vous présenter ?

André Destin BIBILA KIMPOLO, Électrotechnicien de formation et Fondateur de Ets Wumela Biocharbon. Je suis militant écologiste et entrepreneur congolais basé à Pointe Noire.

Destin, j’aimerais recueillir votre avis sur une étude récente. Le 15 juin dernier, les chercheurs de l’expédition scientifique Mosaic au Pôle Nord ont indiqué que le réchauffement climatique a atteint un point critique. Selon le chef de l’expédition Markus Rex, nous avons atteint un point de non-retour et les conséquences pourraient se révéler désastreuses. Que vous inspire cette perspective inquiétante ?

Les conclusions de cette analyse sont très alarmantes notamment pour des jeunes comme moi qui allons hériter d’une planète avec un futur incertain. Par ailleurs, je pense que ce défi présente aussi des opportunités pour des militants écologistes que nous sommes.

En effet, nous pouvons associer nos efforts et promouvoir notre esprit entrepreneurial . À mon avis, il est encore possible de développer des idées innovantes pour faire face à ce problème d’ordre mondial.

Vous êtes électrotechnicien de formation et militant écologique. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager pour la défense de l’environnement ?

Comme vous l’avez rappelé dans l’analyse ci-dessous, j’ai pensé apporter ma petite pierre à l’édifice pour sauver la planète chère à tous. L’idée de Wumela Biocharbon est venue comme une réponse à une combinaison de défis majeurs auxquels est confrontée notre planète.

On peut citer, entre autres, la pauvreté, le manque d’accès à l’énergie et le changement climatique. À cette liste, s’ajoute le choc que j’ai eu en voyant les tonnes de déchets qui jonchent nos ville.

L’équipe Ets Wumela Biocharbon entrain de collecter la matière première Crédit Photo : Destin Bibila avec son accord pour utilisation

Nous générons tous les jours dans nos ménages, administrations, industries et fermes une importante quantité de déchets.

Il est rapporté que 80 % de ces déchets sont de la biomasse végétale. Ces types de déchets ne sont pratiquement pas valorisés ce qui contribue à polluer nos villes.

Une entreprise innovante

Vous avez mis sur pied votre entreprise Ets Wumela BioCharbon spécialisée dans la transformation de divers types de déchets organiques en biocharbon de qualité. Dites-nous comment fonctionne votre entreprise.

C’est tout un processus qui fait intervenir une chaîne de valeur avec un côté plus technique du mécanisme de transformation.

En termes simples, nous fabriquons du Biocharbon à partir de déchets ménagers, administratifs et agricoles comme alternative au bois-énergie. Notre entreprise a mis en place une chaîne de valeur suite à la valorisation des biomasses végétales en bio charbon.

Cette chaîne de valeurs comprend plusieurs étapes. Il y a la collecte, le tri, le traitement, la transformation, la production du bio charbon et la commercialisation.

Notre biocharbon est distribué par l’intermédiaire d’un réseau de petits détaillants composés principalement de femmes et de jeunes vivant jadis de la coupe d’arbres.

Notre jeune entreprise crée aussi des emplois verts et alternatifs pour les personnes à la base de la pyramide qui sont au chômage. Ensuite, nous sommes en train de fabriquer des fours à faible coût et consommation du biocharbon.

Ets Wumela BioCharbon est basée à Pointe Noire, comptez-vous la décentraliser dans d’autres villes du Congo ?

Oui, nous avons commencé nos activités à Pointe-Noire, la ville dans laquelle j’habite. Comme je l’ai dit plus haut, beaucoup d’autres villes du Congo, y compris Brazzaville, font face aux mêmes défis que nous avons constatés à Pointe-Noire.

Nous sommes à la recherche de partenaires pour tout d’abord consolider les efforts de l’entreprise à Pointe-Noire et ensuite la décentraliser dans d’autres villes du Congo et même dans d’autres pays africains.

Ets Wumela BioCharbon, un formidable travail abattu au quotidien

À ce jour, pouvez-vous quantifier les déchets que vous avez collectés et le poids de Biocharbon produit ?

À ce jour, avec les moyens très limités dont notre entreprise dispose, nous avons déjà collecté et traité plus de 100 tonnes des déchets biomasse végétales et produit 50 tonnes de biocharbon.

Le Biocharbon, beaucoup plus résistant et économique que le charbon de bois

Quels sont les équipements que vous utilisez pour transformer les déchets organiques en charbon écologique ? Comment se déroule le processus de transformation ?

Nous utilisons des fours de Pyrolyse artisanaux fabriqués localement pour la carbonisation, d’un broyeur électrique, une extrudeuse électrique, une moto tricycle pour renforcer notre mobilité. Notre processus part de la collecte, tris, traitement, carbonisation, fabrication et enfin le séchage qui est actuellement fait grâce au soleil

Processus de fabrication du Biocharbon Crédit Photo : Destin Bibila avec son accord pour utilisation

Avez-vous bénéficié d’un fonds spécial pour lancer Ets Wumela Biocharbon ou bien vous fonctionner avec vos propres fonds ?

Non, nous n’avons pas encore bénéficié d’un fonds spécial. Les activités de Ets Wumela Biocharbon sont entièrement financées avec nos propres fonds. Je voudrais profiter de cette opportunité pour lancer un appel à tous les partenaires qui pourront nous apporter des fonds spéciaux pour appuyer nos activités.

Développer des partenariats pour atteindre des zones plus vastes

Votre travail est remarqué et le Programme des Nations Unies pour l’environnement s’intéresse à votre initiative. Peut-on s’attendre à une collaboration à long terme avec le Programme des Nations Unies (PNUD) pour une action conjuguée en faveur de la protection de l’environnement ?

Oui, effectivement, nous nous attendons à développer de tels partenariats stratégiques. Il faut souligner que nous avons déjà eu un soutien modeste du PNUD Congo.

Cela s’est matérialisé par une étude de marché avec des données très impressionnantes qui ont permis de mieux renforcer notre action. Par la suite, une étude de laboratoire a permis de dégager la différence entre notre charbon et le charbon de bois.

Nous sommes très fiers de notre travail qui est très porteur selon le retour du bureau des analyses. Dans le cadre de la collaboration avec le PNUD Congo, nous avons obtenu une moto tricycle pour renforcer notre mobilité.

Une somme d’innovation au service de l’environnement

Destin, la pollution au plastique a un grand impact sur notre écosystème. En plus des déchets organiques, est-ce que votre structure est capable de transformer les déchets plastiques en d’autres types de produits réutilisables ?

Oui, c’est une piste que nous voudrions exploiter à long terme. Pour l’instant nous sommes focalisés sur le bio charbon. Ce dernier est un produit indispensable pour plus de 90 % des ménages.

La consommation actuelle atteint plus de 100 000 tonnes d’après un rapport de REDD+ (Réduction des Emissions provenant du Déboisement et de la Dégradation des forêts).

L’objectif de notre entreprise est de devenir un leader du traitement des déchets en Afrique.

Votre Biocharbon présente la particularité d’être très résistant. Qu’est-ce qui explique cela ?

Nous produisons notre charbon à l’aide d’une presse qui a pour rôle de le comprimer avec force. Comme indiqué plus haut les études de laboratoire confirment que notre bio charbon est 2 fois plus résistant que le charbon de bois et brûle plus de 3 heures. Je pense que c’est notre formule de transformation qui fait la différence.

Crédit Photo : Destin Bibila avec son accord pour utilisation

Une initiative qui mérite du soutien

Destin, de quoi avez-vous besoin actuellement pour renforcer la capacité de production de Ets Wumela Biocharbon ?

Avec nos fonds modestes il est difficile de répondre à la demande du marché congolais.

Cette situation ne nous permet pas de nous projeter et d’exporter notre Biocharbon au-delà des frontières.

Par conséquent, nous avons besoin d’un soutien financier et des investisseurs qui pourront nous aider à augmenter notre capacité de production, car la demande locale est énorme.

À la demande locale s’ajoute l’intérêt que portent des pays africains tels que la République Démocratique du Congo (RDC), l’Angola, le Gabon, le Tchad, etc. Avec un accès aux fonds spéciaux et des partenariats stratégiques, notre objectif est de produire plus de 200 000 tonnes d’ici 2025.

Un modèle de développement

Vous avez montré que c’est possible d’allier économie et protection de l’environnement. Pensez-vous que les pays africains et le monde en général doit basculer vers ce modèle pour sauver notre biodiversité ?

Oui, effectivement, les défis sont nombreux face au monde et à l’Afrique en particulier, cela nécessite des idées innovantes qui offrent des solutions pluridimensionnelles.

Pour notre cas, nous avons démontré qu’ il est possible d’associer économie et protection de l’environnement pour répondre aux problèmes de pollution et en même temps offrir des opportunités d’emploi aux jeunes.

Nous sommes convaincus que notre modèle est adaptable partout où nous avons ces types de déchets. Actuellement nous avons une forte demande venant des pays voisins en Afrique. Ces pays aiment notre initiative et nous sommes ouverts pour leur apporter notre expertise et avoir un impact au niveau du continent.

Destin, conscient des défis qui se profilent à l’horizon quel message avez-vous à adresser aux décideurs politiques afin qu’ils s’investissent avec force dans la protection de l’environnement ?

Une entreprise qui veut transformer le monde Crédit photo: Destin Bibila avec son accord pour utilisation

Le monde fait face à une crise causée par la pandémie COVID-19 avec des conséquences multidimensionnelles. Cependant, le changement climatique reste une priorité mondiale. Cette problématique du changement climatique a des impacts très négatifs, surtout dans les pays sous-développés.

Je fais partie d’une génération qui peut et qui veut faire la paix avec l’environnement avec des initiatives qui ne sont plus de l’ordre du rêve. La jeunesse africaine en général a besoin du soutien des décideurs politiques afin de leur donner la place qu’il faut pour promouvoir leur esprit entrepreneurial et proposer des solutions concrètes aux défis actuels. Pour garantir un meilleur futur, nous souhaitons hériter d’une planète sans déchets et sans gaspillage des ressources naturelles.

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