Amos Joel Yohane Traore

Covid-19 au Burkina Faso : quelles leçons (déjà) pour le système de santé ?

Mondoblog lance le projet Mondoblog, unis contre le Covid-19, pour raconter l’évolution et les conséquences de la pandémie de coronavirus du point de vue des Mondoblogueurs sahéliens.


Au cours de son histoire, le Burkina Faso n’a jamais été confronté à une crise sanitaire majeure de l’ampleur de celle du Covid-19. Cette pandémie de coronavirus nécessite un dispositif sanitaire des plus performants. Certes, le pays a toujours connu des épidémies et diverses pathologies qui ont provoqué des dégâts au sein de la population (paludisme, dengue, rougeole, tuberculose, poliomyélite, méningite), mais rien ne préparait le pays des hommes intègres à faire face à un nouveau type de virus, très contagieux et virulent.

Ne pas oublier les autres pathologies

Ces dernières 48 heures, le pays a enregistré un nouveau cas de Covid-19, les malades sont en majorité des personnes qui viennent du Niger voisin. Le 8 juin, le pays enregistrait 889 cas confirmés et 53 décès. Ainsi, le coronavirus continue sa propagation au Burkina Faso. Mais cette situation, inédite pour le pays, ne doit pas faire oublier les autres maladies qui touchent la population et qu’il faut prendre en charge. Malgré le contexte difficile dans les hôpitaux, le personnel soignant, médecins et agents de santé, assurent qu’ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour que les patients atteints de pathologies autres que le Covid-19 soient convenablement pris en charge. Dans une lettre adressée à l’ensemble du personnel soignant, le Pr Charlemagne Ouédraogo, président du conseil national de l’Ordre des médecins, a appelé tous les acteurs de la chaîne sanitaire à se mobiliser, même si la pandémie de coronavirus est venue rappeler la fragilité du système de santé burkinabè.

« La présence de ce nouveau coronavirus dans notre pays ne doit pas nous faire oublier que les autres affections ordinaires dont souffrent les Burkinabè sont toujours présentes dans notre communauté. Le paludisme, la tuberculose, les autres maladies infectieuses, le diabète, l’hypertension artérielle, les autres maladies cardio-vasculaires, les différentes causes d’accouchements dystociques, les tumeurs, les urgences médicales et chirurgicales, les pneumopathies non Covid-19, etc connaîtront une morbidité et une mortalité plus élevées si nous restons médusés par l’affection au coronavirus.
Il est de notre devoir d’assurer la continuité des soins aux patients atteints du Covid-19 et ceux souffrant d’autres affections, en particulier les couches vulnérables. C’est aujourd’hui et plus que jamais que le Burkina Faso a le plus besoin de nous tous agents de santé et médecins en particulier. L’infection au coronavirus ne devrait pas nous détourner de notre mission première qui est celle de soigner y compris dans des situations difficiles comme celle que nous vivons. »

Dans ce contexte de crise sanitaire, les patients souffrant d’autres pathologies sont exposés à une mortalité et une morbidité plus élevées que celles du Covid-19. Le Pr Charlemagne Ouédraogo est catégorique, il faut que le système sanitaire continue de fonctionner “normalement” pour ne pas se focaliser sur le Covid-19 et ouvrir un boulevard à la propagation d’autres maladies qui pourraient alors avoir un impact beaucoup plus dévastateur que le coronavirus.

Vers une crise de confiance

Bien avant l’arrivée du Covid-19, le système sanitaire souffrait déjà beaucoup au Burkina Faso. Les difficultés sont de tous ordres et à tous les niveaux. La gestion du coronavirus par les autorités ne rassure pas la population. La ministre de la Santé, le Pr Claudine Lougué, est notamment fortement décriée pour sa gestion de la pandémie. On se rappelle qu’il y a quelques semaines, Mme la ministre Lougué a suscité un tollé général au sein de l’opinion publique lorsqu’elle a confié au quotidien Courrier Confidentiel que ses collaborateurs “l’ont fait mentir à l’Assemblée Nationale” au sujet de la mort de la députée Marie Rose Compaoré. En effet, le 21 avril 2010, celle-ci a été déclarée comme étant la première personne décédée du coronavirus au Burkina Faso. D’autres griefs sont reprochés à la ministre de la Santé: il lui est reproché de n’avoir pas pris les dispositions nécessaires, notamment dans les aéroports pour barrer la route au Covid-19 avant l’apparition de la maladie au sur le territoire.

Que dire du Pr Martial Ouedraogo qui pilotait la riposte contre le Covid-19 ? Cet éminent pneumologue reconnu sur le plan national et international a été révoqué en Conseil des ministres le 29 avril dernier pour sa gestion. Il lui était notamment reproché de nombreux dysfonctionnement au sein du Centre des opération de réponse aux urgences sanitaires (CORUS) qui n’ont donc pas permis de coordonner efficacement la riposte face au coronavirus. Il a été remplacé par le Dr Brice Bicaba.

La population se tourne vers la médecine traditionnelle 

Dans ce contexte de crainte, de nombreux patients atteints de maladies chroniques comme la toux, la drépanocytose, les hépatites ou la sinusite préfèrent se faire traiter dans les centres dédiés à la médecine alternative, ils privilégient les plantes médicinales. Selon le Docteur Pascal Nadembèga, spécialiste burkinabè en pharmacognosie et en médecine traditionnelle, l’impact du coronavirus sur le système de santé du pays a renforcé les craintes de ses compatriotes qui ont de moins en moins confiance en la médecine conventionnelle.Les autorités politiques ne se sont pas clairement positionnées sur cette théorie. Au sein du ministère de la Santé, on appelle les acteurs de la médecine alternative à faire des essais cliniques avant de proposer des traitements. L’objectif étant d’éviter des surdosages qui peuvent dégrader la santé du patient.

Des gestes barrières à pérenniser pour la santé de tous

Dès le début de la pandémie, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a indiqué que le meilleur moyen de se protéger contre le coronavirus c’est de respecter scrupuleusement les gestes barrières (lavage des mains au savon ou au gel hydroalcoolique, distanciation physique d’au moins un mètre, port du masque si possible). Dans certains lieux, comme les gares routières, les lieux de culte, les universités, des mesures d’hygiène ont été mises en place, même s’il reste encore un gros travail de sensibilisation à faire dans les commerces par exemple.

Dans l’ensemble, les mesures d’hygiène sont respectées par la population et cette prise de responsabilité fait la différence sur le plan sanitaire. La stratégie adoptée pour lutter contre le coronavirus devrait nous servir de tremplin pour changer nos habitudes quotidiennes et mener un combat efficace contre les maladies hygiéniques. A l’avenir, il faudrait pérenniser ces mesures pour enfin endiguer des maladies et pathologies qui ont fait de très nombreuses victimes ces dernières années (le choléra, la dysenterie et les pathologies diarrhéiques).
Le coronavirus aura au moins eu l’avantage de faire prendre conscience aux burkinabè l’importance de l’hygiène sur la santé.


#Askip : À ce qu’il paraît, l’OMS aurait homologué le remède malgache, le Covid-Organics

Faux !

Quand une phrase commence par “à ce qu’il paraît”, il faut toujours se méfier !
#Askip, un format court pour démonter les fake news sur le Covid-19 qui circulent dans nos téléphones puis dans nos conversations. Alors, si vous n’avez pas le courage de vérifier vous-mêmes, restez connectés par ici, on démêle le vrai du faux pour vous.


« Nous devons reconnaître la victoire de l’Afrique devant le Covid-19, nous venons d’accepter l’usage de ces remèdes, les Occidentaux ont fini par voir la force traditionnelle de l’Afrique devant cette pandémie, bientôt nous allons procéder aux partages du Covid-Organics et Mana Covid respectivement trouvés à Madagascar et en RDC pour aider la population mondiale, je veux que ce message soit partagé à travers le monde ».

C’est en substance ce message qui circulait, il y a quelques semaines, sur les réseaux sociaux et qui a été rapporté par un certain nombre de médias en ligne au Burkina Faso. Personnellement, il m’a été rapporté par un camarade étudiant.

« Allô mon type, tu es connecté ? Je viens de voir une publication du Directeur Général de l’OMS qui a enfin accepté le remède de Madagascar. C’est un grand jour pour l’Afrique Big Amos ! »

On était au début du mois de mai et mon camarade Steve venait de me passer ce coup de fil plus ou moins interloquant. Mon jeune collègue était tellement enthousiaste qu’il ne m’a pas laissé placer un seul mot. Il a raccroché avant même que je puisse comprendre les raisons de son euphorie. J’ai donc décidé d’aller sur internet afin de voir ce qui rendait si heureux mon pote Steve.

Sur Google, j’ai tapé en toutes les lettres ce qu’il m’avait dit: « Directeur Général de l’OMS accepte le remède de Madagascar ». Je lance la recherche et là je tombe directement sur un article du média local lefaso.net qui traite du sujet en le qualifiant de fake news. J’ai tout de suite pensé à Steve qui n’a pas pris le soin de vérifier l’information, source de son enthousiasme. Dans l’article, l’Organisation Mondiale de la Santé dément avoir avoir homologué le fameux remède malgache, une décoction à base de plantes qui serait composée à 62% d’Artemisia annua, mais sa composition complète n’est pas dévoilée. En parcourant l’article, je me rends compte que des esprits malins ont utilisé l’image de Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS, pour faire croire que l’institution avait homologué le Covid-Organics de Madagascar.

L’Organisation mondiale de la santé a estimé que l’efficacité du remède malgache n’était pas prouvée

Cette infox a enflammé la Toile car le fameux Covid-Organics suscite actuellement un grand débat dans la prévention contre le coronavirus. Ce qu’il faut savoir, c’est que l’OMS n’a pas coutume de communiquer aussi banalement sur des travaux de recherche. Si l’institution possède des informations sur la découverte d’un quelconque remède pouvant traiter une pathologie, elle convoque d’abord un comité scientifique qui va statuer sur la découverte. Ensuite des essais cliniques sont menés pour s’assurer que le remède n’a pas d’effets secondaires graves. Quand les conditions sont enfin réunies, l’OMS, à travers une conférence de presse solennelle, informe le monde entier sur la découverte d’un vaccin ou d’un remède traitant X ou Y maladie. 

Il faut également savoir que l’Organisation Mondiale de la Santé a élaboré un guide pratique pour une communication efficace en période de crise sanitaire. Le guide est disponible ici.

Ce guide, élaboré en étroite collaboration avec tous les acteurs travaillant au sein de l’OMS est une vraie référence. En le parcourant, on y découvre à la page 35, qu’avant toute publication en temps de crise, les membres de l’OMS doivent se baser sur des données scientifiques fiables. Il est aussi recommandé d’utiliser un site Web ou un bulletin d’informations pour tenir l’opinion informée.
En matière de stratégie de communication pendant une crise sanitaire, l’OMS a une ligne de conduite à respecter comme le résument les captures d’écran ci-dessous :

Dans la section Politique de Communication, le guide pratique (page 96) de l’OMS nous livre un aperçu sur la communication de l’institution en cas de crise sanitaire, humanitaire ou interne. 

À l’instar de mon ami Steve, ils sont nombreux ces internautes qui ont été piégés par la fausse information évoquant le remède malgache et son homologation par l’Organisation Mondiale de la Santé.
Le Covid-Organics de Madagascar représente sans doute une alternative, il faut simplement procéder à des essais cliniques qui permettront de dissiper tous les doutes.

Mon pote Steve et l’infox

Quand j’ai terminé mes recherches, j’ai téléphoné à nouveau à mon ami Steve. Au bout du fil, ce dernier était toujours aussi enthousiaste. Quand il a décroché, il m’a tout de suite demandé si j’avais vu “l’info du siècle ».
Calmement je lui ai expliqué qu’il s’agissait d’une fausse information et que l’OMS avait officiellement démenti la nouvelle. 

Quand je lui ai annoncé ça, Steve semblait interloqué, comme si je lui faisais une mauvaise blague. J’ai encore pris le soin de lui expliquer comment il est facile de faire des montages sur internet et de divulguer de fausses informations. Après quelques minutes d’échanges, Steve a compris qu’il s’était fait avoir. Il m’a alors promis d’être un peu plus prudent désormais avec les informations en tout genre qui circulent en abondance dans ce contexte de crise sanitaire. 


Covid-19 : À Bobo-Dioulasso, la population dans la rue pour la levée du couvre-feu

Mondoblog lance le projet Mondoblog, unis contre le Covid-19, pour raconter l’évolution et les conséquences de la pandémie de coronavirus du point de vue des Mondoblogueurs sahéliens.


Vendredi 29 mai, au cours de la conférence de presse hebdomadaire du gouvernement, la Ministre de la Santé, Claudine Lougué, a répondu à une question d’un journaliste sur la levée du couvre-feu en disant ceci: « Nous ne maîtrisons pas pour le moment la transmission intercommunautaire du Covid-19. Le couvre-feu sera levé lorsque nous aurons maîtrisé la transmission intracommunautaire du Covid-19. »

Pour enrayer la propagation du coronavirus, le président du Faso et président du Conseil des ministres sur l’épidémie du Covid-19, Roch Marc Christian Kaboré, avait dans son adresse à la nation, le 20 mars dernier, décrété un certain nombre de mesures urgentes pour stopper la propagation du coronavirus. Parmi ces mesures, il y avait l’instauration d’un couvre-feu sur toute l’étendue du territoire national burkinabé. Sur les recommandations des autorités sanitaires, le couvre-feu avait été fixé de 19h à 5h du matin avant d’être ramené de 21h à 4h du matin courant avril. 

Etant donné la virulence du coronavirus, qui a mis à genou de nombreux systèmes sanitaires de par le monde, la population s’est pliée à l’obligation du couvre-feu. Cette restriction de déplacement a eu des répercussions énormes sur le secteur économique du pays des hommes intègres. Les acteurs du monde de la nuit et les promoteurs culturels ont été très fortement touchés par le couvre-feu. Depuis plus de deux mois, ces acteurs se retrouvent sans activité, et croulent sous le poids des charges qu’ils peinent à payer.

https://www.facebook.com/sisqo.sisqo.716/videos/2569125490020123

Au fil des semaines, le couvre-feu s’est transformé en un véritable supplice pour les populations tant sur le plan économique que social. La population est d’autant plus mécontente que dans des pays comme la Côte d’Ivoire ou le Mali, les autorités ont procédé à la levée du couvre-feu, permettant ainsi à de nombreux citoyens de ces deux pays de reprendre leurs activités économiques. Aujourd’hui, les burkinabés ne comprennent pas pourquoi le couvre feu est levé au pays d’Houphouët Boigny et non chez eux, alors que la Côte d’Ivoire comptabilise plus de cas de contamination au Covid-19 (2 833 cas le 1er juin) que le Burkina Faso (847 le 1er juin).

Ras le bol général et sentiment de frustration, un cocktail explosif

Plusieurs citoyens se sont fait bastonner depuis le mois de mars par les forces de l’ordre pour avoir enfreint le couvre-feu. Dans ce contexte particulier, la population commence à en avoir plein le casque ! De nombreuses interpellations citoyennes ont eu lieu pour demander aux autorités de lever le couvre-feu vu que les marchés, les lieux de culte, les transports sont à nouveau accessibles, pour beaucoup cette situation devient incompréhensible. Ce lundi 1er juin, de nombreux élèves reprennent également le chemin des classes. Les mesures de restrictions sont en train d’être considérablement assouplies au Burkina Faso et les citoyens burkinabés ne veulent plus entendre parler de couvre-feu.

Manifestations à Bobo-Dioulasso pour la fin du couvre-feu le 30 avril 2020

La population a donc décidé de se faire entendre. Samedi 30 mai, les habitants de Bobo-Dioulasso, deuxième ville du Burkina Faso, ont donné le ton pour exiger la levée du couvre-feu. La matinée de ce 30 mai fut très chaude dans la belle citée de « Sya » où, très tôt dans la matinée, des responsables de la société civile ont rassemblé la foule pour battre le pavé. Dans la foule, toutes les tranches d’âges étaient représentées et on entendait scander le slogan: « Couvre-feu, on veut pas ! »

Centre-ville sous tension.
Crédits photo : Amos Traore

La situation s’est tendue quand les forces de l’ordre sont intervenues pour disperser les manifestants. À noter que les rassemblements avaient lieu en plein centre ville où se trouvent de nombreuses institutions étatiques (Gouvernorat, Haut commissariat, mairie, camp militaire).

Intervention des forces de l’ordre.
Crédits photo : Amos Traore

Les manifestants n’avaient pas reçu l’autorisation de manifester, mais ils sont quand même sortis, à leurs risques et périls. La population bobolaise était déterminée à se faire entendre coûte que coûte. Des heurts ont rapidement éclaté entre manifestants et forces de l’ordre, la Compagnie Républicaine de Sécurité (CRS) n’a pas attendu pour faire usage de gaz lacrymogènes afin de disperser les manifestants. Il y a eu également des courses poursuites à travers les artères du centre ville, des interpellations et des accidents.

Usage de gaz lacrymogène.
Crédits photo : Amos Traore
Manifestations à Bobo-Dioulasso pour la fin du couvre-feu le 30 avril 2020

Malgré tout, les manifestants sont restés mobilisés, pas question de faire demi tour. Après de nombreuses heures de face à face tendu avec les policiers, la pression est redescendue aux environs de midi. C’est Diakité Diafodé Kaba Alexandre, célèbre leader de la société civile à Bobo (présent dans la vidéo ci-dessus), qui a coordonné la marche. 

Malgré la situation tendue, les affaires continuent. Ce vendeur ambulant propose des masques chirurgicaux pour se protéger du Covid-19 et des gaz lacrymogènes.
Crédits photo : Amos Traore

Une grogne qui grandit de jour en jour

Le lendemain, la population de Bobo-Dioulasso est une nouvelle fois sortie en masse pour demander au gouvernement de lever le couvre-feu, les mêmes slogans furent encore et encore scandés.

« Couvre-feu, on veut pas ! »

« Y en a marre du couvre-feu ! »

« Est-ce que le couvre-feu a neutralisé le Covid-19 ? Non! »

Capture d’écran Facebook Diakité Diafodé Kaba Alexandre

Pour cette nouvelle matinée de manifestation, les forces de l’ordre avaient quadrillé les principaux points stratégiques du centre-ville de Bobo-Dioulasso. Personnellement, j’ai constaté une indignation générale au sein de la population qui n’arrive plus à se conformer aux restrictions mises en place, qui ont bouleversé les habitudes des Bobolais.

Des jeunes plus que déterminés à se faire entendre.
Crédits Photo : Amos Traore

La cocotte-minute est sur le point d’exploser. Il est temps que les autorités prennent toute la mesure de ces signaux d’alerte. Les populations ont l’impression d’être infantilisées par le gouvernement, qui de son côté, n’arrive pas à communiquer efficacement sur la gestion de l’épidémie. Ce week-end, Bobo-Dioulasso a donné le ton. Demain quelles localités prendront le relais ? Qui emboîtera le pas aux Bobolais ?


Burkina Faso / Covid-19 et services bancaire: la croix et la bannière

Mondoblog lance le projet Mondoblog, unis contre le Covid-19, pour raconter l’évolution et les conséquences de la pandémie de coronavirus du point de vue des Mondoblogueurs sahéliens.


A l’instar de nombreux pays africains, le Burkina Faso est frappé de plein fouet par la pandémie de coronavirus. Cela fait plusieurs semaines maintenant que les burkinabès ont dû changer leurs habitudes afin d’enrayer la propagation du Covid-19. Néanmoins, les gestes barrières sont plus ou moins respectés dans les rues de Bobo Dioulasso. Le 27 mai, le pays comptabilisait 832 cas de contamination, 672 guérisons et 52 décès. La bataille contre le coronavirus sera un travail de longue haleine.

Le coronavirus a bouleversé les habitudes d’une grande partie de la population au Burkina Faso, des campagnes de sensibilisation massives ont été menées pour faire comprendre l’ampleur de la crise à la société burkinabè. La prudence s’est installée et, si un citoyen a besoin d’une prestation au niveau d’une structure privée ou publique, il doit respecter scrupuleusement les mesures de prévention préconisées et les gestes barrières. Au niveau des établissements bancaires, où l’affluence est très forte, des mesures draconiennes ont été mises en place afin de limiter les risques de propagation, ce qui a forcément un impact sur la qualité des services offerts. J’en ai fait les frais… Aujourd’hui, en temps de coronavirus, accéder à sa banque et faire une simple opération est véritable aventure.

Partout, on fait la queue pour accéder à un guichet bancaire.
Crédits Photo : Naim Touré

Quand aller à la banque est presque plus difficile que d’entrer dans un hôpital 

C’est le même scénario au niveau de toutes les structures bancaires. Il y a quelques jours je me suis rendu dans une banque pour effectuer une opération basique. Dès l’entrée, je me suis rendu compte que quelque chose avait changé. Des agents de sécurité refoulaient toutes les personnes qui ne portaient pas de cache-nez, car l’accès à l’intérieur de la banque est conditionné par le port obligatoire du masque. Pour respecter un quota de personnes à l’intérieur, chaque client doit se prémunir d’un ticket d’attente et patienter à l’extérieur. J’ai donc pris mon ticket avec l’intime conviction que mon numéro allait être appelé rapidement. Mais j’ai eu un coup de moins bien quand j’ai regardé mon numéro d’appel. On m’a donné le n°246 et il y avait 112 personnes devant moi ! J’ai pris un sacré coup sur la tête en regardant la file d’attente !

L’attente dure des heures et le client est à la merci des conditions climatiques (vent, poussières, rayons ardents du soleil et chaleur écrasante). Il devait facilement faire entre 35° et 40°C à l’ombre. Le vent chaud et sec associé à la poussière ont eu raison de ma tenue toute blanche que je portais. Les agents de la banque avaient aménagé un hangar de circonstance à l’extérieur afin que les clients puissent y patienter. Dans la cour de la banque, toutes les tranches d’âges étaient représentées et chacun se débrouillait pour ne pas perdre courage.

Ce fut une très longue attente pour moi, arrivé à 8h du matin, mon numéro, le 242, ne fut appelé qu’à 14h. Six heures d’attente ! C’est le temps qu’il m’a fallu pour avoir accès à l’intérieur de l’établissement bancaire. Quand, enfin, le client se voit appeler par son numéro de ticket, il est persuadé qu’il va pouvoir faire rapidement ses opérations et vaquer à d’autres occupations. Peine perdue ! Ah ! il n’est pas au bout de ses peines le client ! Avant d’accéder à l’intérieur de la banque, chaque personne doit faire contrôler sa température, on lui colle un pistolet laser sur le front…. Evidemment, je n’échappe pas à ce protocole strict.

Covid-19, banque, burkina Faso
File d’attente en temps de coronavirus, Ecobank Burkina.
Crédits Photo : Naim Touré

Quand le respect des mesures échauffent les esprits

Donc, après plusieurs heures d’attente interminables et des contrôles à n’en plus finir, le client a enfin accès à l’intérieur de la banque pour faire ses transactions. Mais à ce niveau, un autre parcours du combattant commence. Pour nous le signifier, des sièges ont été installés pour faire respecter la distanciation physique d’un mètre. Le décors est planté… Il faut aussi avoir en permanence un masque qui couvre le nez et la bouche, sous peine de se voir expulser de l’établissement. Les agents également sont extrêmement prudents : après chaque opération d’un client, ils sortent pour aller se désinfecter les mains, occasionnant d’énormes retards.
Toujours à l’intérieur, les clients n’ont pas d’autres choix que de prendre leur mal en patience. On entend des jérémiades par là, des plaintes par-ci, quand ce ne sont pas tout simplement des injures ! Quand j’étais à l’intérieur de la banque, certains propos m’ont fait sourire, un sourire bien sûr masqué par mon cache-nez:

« Il y a toujours eu des maladies, des maladies pires que le Covid-19, et qui ne nous ont pas empêché de faire nos opérations…« 

 » Tout ça, c’est de la foutaise, respectez vos clients ! « 

« Nous avons autre chose à faire, et eux, ils ne font que laver leurs mains, trop c’est trop ! « 

Malgré toute ces frustrations, les clients essaient de garder leur calme pour qu’il n’y ait pas de débordements. Ils sont conscients que toutes ces mesures contribuent à leur sécurité. Par la suite, et au prix du sacrifice de toute une journée entière, les clients arrivent à faire leurs opérations bancaires puis rentrent chez eux, en maudissant le Covid-19. Pour ma part, je suis arrivé à la banque à 8h du matin et j’ai pu terminer mon opération aux alentours de 17h30. Sacré Covid-19 !


#Askip : À ce qu’il paraît, les mouches domestiques transmettraient le Covid-19

Faux !

Quand une phrase commence par “à ce qu’il paraît”, il faut toujours se méfier !
#Askip, un format court pour démonter les fake news sur le Covid-19 qui circulent dans nos téléphones puis dans nos conversations. Alors, si vous n’avez pas le courage de vérifier vous-mêmes, restez connectés par ici, on démêle le vrai du faux pour vous.  


Il y a quelques jours, j’ai entendu sur Ouaga FM, une radio locale, un auditeur dire que le gouvernement devrait élaborer des produits chimiques en grande quantité pour tuer les mouches domestiques. L’auditeur affirmait avoir lu sur les réseaux sociaux que les mouches peuvent transmettre le Covid-19 à travers des piqûres. Vous êtes certainement nombreux au Burkina Faso à penser comme cet auditeur…

Imaginons que des produits chimiques soient utilisés contre les mouches, ces mêmes mouches qui viennent vous taquiner toute la journée, elles transporteraient ces produits chimiques sur votre peau, sur les arbres, les fruits, les légumes et les céréales…Imaginons les dangers d’abord pour l’homme, pour l’environnement et pour ces innocentes mouches qui sont accusées à tort !
J’ai donc décidé de faire quelques recherches sur internet pour disséquer cette infox. En quelques clics, je suis tombé sur la publication de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui ne sont pas des amateurs sur les questions de santé : “Il n’y a, à ce jour, aucune donnée ou information tendant à montrer que les mouches domestiques transmettent le Covid-19.”

Comment se transmet le coronavirus ?

Le virus à l’origine du Covid-19 est transmis par des personnes porteuses du virus. En fait, il se transmet par voie respiratoire et via les muqueuses, non par le sang. Donc essentiellement par les gouttelettes qu’une personne infectée expulse quand elle tousse, éternue ou parle. Ou par le contact de mains non lavées.

La mouche n’est pas une cible du Sras-cov2 donc elles ne peuvent pas être contaminées

Quelques clics plus tard, je me rends compte que d’autres internautes se posent la même question dans le monde. Dans cet article de Ouest France, un média français, le Dr Camus, infectiologue à l’institut Pasteur de Lille, explique deux points :

  • Les mouches et les insectes en général ne vont pas spécifiquement sur les yeux, le nez ou la bouche. Ils n’entrent pas en contact avec les muqueuses, le lieu de contamination par le coronavirus.
  • Dans le cas des insectes volants et des mouches, la charge virale est bien trop faible pour représenter un risque pour l’homme.
    Si les moustiques sont vecteurs d’autres maladies, comme le paludisme par exemple, aucune étude ne permet de démontrer que les insectes volants participent donc à la propagation du virus.

Les chances sont alors minimes pour que les mouches domestiques transmettent le Covid-19. Pas besoin de t’épuiser à les exterminer !

Et alors pour se protéger, on fait quoi ?

S’il te plaît, garde une distance d’au moins un mètre avec les autres personnes et surtout pense à te laver les mains régulièrement et soigneusement. #Askip, c’est mieux de sortir avec un masque. Vrai ! Ah oui, évite aussi de te toucher les yeux, la bouche et le nez. 

Lutter contre le coronavirus, c’est aussi lutter contre les idées reçues qui peuvent conduire à des situations tragiques. La vigilance est donc de mise, sur Internet, comme dans la rue.