Amos Joel Yohane Traore

La musique, cette thérapie qui a permis à mes potes de faire face au Covid-19

Mondoblog lance le projet Mondoblog, unis contre le Covid-19, pour raconter l’évolution et les conséquences de la pandémie de coronavirus du point de vue des Mondoblogueurs sahéliens.


Après s’être souhaités meilleurs vœux le 31 décembre 2019, de nombreux burkinabè ne s’imaginaient pas qu’ils allaient être confrontés à quelques chose de complètement inédit dans les mois à suivre. En effet, la maladie à coronavirus est venue bouleverser le quotidien des habitants du pays des hommes intègres. Depuis le mois de mars, l’actualité au Faso est dominée par le contexte de la crise sanitaire. Alors que le Burkina a amorcé une nouvelle phase (levée des mesures restrictives tel comme le couvre-feu le 3 juin) dans la riposte face au Covid-19, je me suis entretenu avec 4 de mes meilleurs potes pour savoir comment la musique leur a permis de garder le moral depuis que le coronavirus a fait son apparition au Burkina Faso.

Mes amis évoluent dans différents domaines et ils ont tous été impactés à différents niveaux par l’épidémie de coronavirus. Il faut dire que depuis le mois de mars, nos journées sont rythmées par les informations en rapport avec la situation sanitaire et il faut dire qu’à un moment donné, cela peut devenir déprimant. Kader, Abdoulaye, Youssef et Hervé sont des amis de longue date. Au temps fort de la crise sanitaire, on ne se voyait plus trop à cause du climat de psychose généralisée. Mais depuis quelques semaines maintenant, on se retrouve pour le plus grand bonheur de tous.

Ce week-end donc, j’étais avec mes amis et on a pu discuté de la situation extraordinaire que nous vivons. Et on est arrivé à parler du rôle qu’a joué la musique pendant la période où tout était bloqué dans le pays. Oui la musique a constitué une sorte de thérapie pour nous tous, on l’a redécouverte, on a appris a savouré chaque mots, chaque mélodie et on peut dire que ça nous a fait un bien fou. Du coup, nous avons créé une playlist que l’on a surnommée « Playlist Covid-19 ».


Abdoulaye, 25 ans, étudiant

Abdoulaye, mon ami et collègue à l’Université qui est d’habitude plutôt introverti a été le premier à partager ses sons.

« Mon gars, ça fait vraiment du bien de retrouver une vie normale. Sans te mentir, les mois de mars et d’avril ont été chiants pour moi (rires). J’étais tombé dans une sorte de routine qui me fatiguait mais grâce à la musique, j’ai tenu bon jusqu’à maintenant. Qui aurait cru que moi, Abdoulaye, j’allais écouter de la musique pendant des heures le matin? Rires. Le choix de ma playlist n’a pas été simple mais voici mes morceaux fétiches. »


Kader, 29 ans, commerçant

Kader est commerçant, il a beaucoup été impacté par les mesures sanitaires imposées par le gouvernement. Son commerce était situé au niveau du Grand Marché de Bobo-Dioulasso, marché qui a été fermé pendant de nombreuses semaines. Sans activité durant quelques temps, Kader avait le blues. Mais grâce à la musique, il s’est fabriqué une autre vision du monde. Il a appris à prendre certaines choses avec philosophie. Kader l’affirme, cette période difficile lui a permis de devenir quelqu’un d’autre.

« Mon frère, j’ai changé, ne rie pas hein je suis au sérieux. Quand j’étais à la maison pendant cette période morte sans activité, j’ai compris que tout peut basculer en une fraction de seconde. Au début c’était difficile, mais grâce à certains sons j’ai pu voir les choses différemment. Voici les chansons qui m’accompagne désormais depuis le mois de mars. »


Youssef, 26 ans, artiste

Youssef c’est le showman par excellence. Ce jeune artiste peintre a une philosophie: profiter de la vie à pleine dent. Ce bon vivant reste marqué par le contexte imposé par le coronavirus et son lot d’informations anxiogènes. Il faut dire que mon jeune ami est resté égal à lui même pendant la période de confinement, il explique :

« Amos, moi j’ai fait le show chez moi avec des chansons vraiment rythmées. Tu sais, l’Homme n’a pas été créé pour être malheureux, nous devons recevoir de la joie et la transmettre autour de nous, c’est ça la vie. A un moment donné, je n’en pouvais plus de toutes ces informations en rapport avec la maladie. J’ai donc éteint ma radio et ma télé pendant plusieurs jours et j’écoutais de la musique à fond. Voici ma « playlist Covid-19 de choc. »


Hervé, 28 ans, étudiant

Hervé, un autre ami étudiant, a lui, de son côté, profité de la période de confinement pour rattraper toutes les heures de sommeil en moins. De janvier à février, il a du bosser très fort pour valider de nombreuses compositions. Du coup, le coronavirus est tombé à point nommé! Hervé a retrouvé une horloge biologique normale, le tout sur fond musical.

« Il est vrai que le Covid-19 a eu de lourdes conséquences pour notre société. Mais sincèrement, de mon côté, le confinement m’a fait du bien. Au sortir des derniers examens, j’étais complètement épuisé et il me fallait de toute urgence du repos. Moi mon confinement, c’était sommeil et musique. Voici ma « playlist Covid-19. »


Ma playlist

Le dernier intervenant, et bien c’est moi. Je dois que j’ai aussi pris ce temps pour apprendre à voir cette période exceptionnelle sous un autre angle. Pour moi la crise du Covid-19 est venue nous montrer la nécessité de renforcer nos liens sociaux. Je crois qu’avant la pandémie, on s’était lancé dans une course effrénée à l’individualisme. Le coronavirus nous force à faire une pause, à faire une introspection commune. Alors ma playlist Covid-19 est un mélange de tubes old-school et modernes.


#Askip : À ce qu’il paraît, les Africains seraient immunisés contre le coronavirus

Faux !

Quand une phrase commence par “à ce qu’il paraît”, il faut toujours se méfier !
#Askip, un format court pour démonter les fake news sur le Covid-19 qui circulent dans nos téléphones puis dans nos conversations. Alors, si vous n’avez pas le courage de vérifier vous-mêmes, restez connectés par ici, on démêle le vrai du faux pour vous


Au début du mois de juin, comme chaque matin, je me rendais chez Louis, le boutiquier du quartier afin d’acheter une baguette de pain. Lorsque je suis arrivé devant la boutique, il y avait un tohu bohu devant la porte. Madi, un jeune artisan du coin, refusait de porter un masque et de se laver les mains avant de rentrer dans la boutique. Il me dit :
« Mon frère, cette affaire de Covid-19 là commence à trop m’énerver. Je ne comprends pas, je veux juste acheter des bonbons pour mon petit frère et Louis me demande de porter un masque. Tout ça se sont des foutaises. D’ailleur, hier j’ai vu sur Facebook que les scientifiques ont affirmé que les Africains étaient protégés naturellement contre le coronavirus. Donc les gars, rassurez vous, il n’y a rien en face, le Covid-19 ne peut rien faire contre nous. »
Je suis resté pantois devant cette infox.

Je vous explique tout dans ma chronique vidéo :


Il faut redoubler de vigilance mes chers amis. Ne faites pas comme Madi, faites attention aux infox qui circulent et continuez de respecter les mesures sanitaires pour barrer la route au Covid-19 !


Quand les coupures d’eau entravent la lutte contre le Covid-19

Mondoblog lance le projet Mondoblog, unis contre le Covid-19, pour raconter l’évolution et les conséquences de la pandémie de coronavirus du point de vue des Mondoblogueurs sahéliens.


Le Burkina Faso, à l’instar des autres pays dans le monde, a mis en place des mesures de prévention de sensibilisation à l’importance des gestes barrières. Depuis le mois de mars, les Burkinabè essayent tant bien que mal de s’adapter à un contexte auquel personne n’avait été préparé. On nous répète en boucle qu’une des règles d’hygiène de base reste de se laver les mains à l’eau et au savon plusieurs fois par jour. Et la population a compris la nécessité de respecter cette mesure pour sauver des vies. Mais comment faire quand la ressource essentielle manque ? Comment se laver les mains quand on n’a pas d’eau à disposition ? L’épidémie de Covid-19 rend visible les injustices face à l’accès à l’eau. 

Au Burkina Faso, de nombreuses initiatives citoyennes ont vu le jour, comme la fabrication de dispositif de lavage des mains, l’élaboration de solution hydroalcoolique ou encore la fabrication de masques avec des tissus locaux. Cependant, très souvent, ces dispositifs manquent cruellement de la principale ressource, l’eau. Dans le pays, de nombreux usagers sont privés d’eau à cause des coupures intempestives, le réseau de distribution d’eau étant défaillant.

Capture d’écran Facebook

L’accès à l’eau, un défi quotidien

Avant l’arrivée du coronavirus, le pays des hommes intègres, comme beaucoup d’autres pays sur le continent africain, était déjà confronté à des problèmes récurrents de coupure d’eau. Les installations sont vétustes, inadéquates et aucune politique d’accès à l’eau potable n’existe. Dans ce pays enclavé du Sahel, au moins 27 % de la population ne dispose d’aucun accès à l’eau potable et 60 % des habitants n’ont pas d’installations sanitaires, selon une étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Unicef. Cette situation est exacerbée dans les régions confrontées à des crises politiques et sécuritaires. Ainsi, 1,9 millions de personnes ont besoin d’une assistance d’urgence en eau, hygiène et assainissement.


La pandémie de Covid-19 a aggravé le problème. Comme le souligne Fadel Ndaw, ingénieur en eau et assainissement à la Banque mondiale, dans une tribune publiée par le journal Le Monde :

“Il est évident que pour lutter de façon durable contre la propagation du Covid-19 et prévenir toutes les pandémies à venir, la disponibilité d’eau potable à proximité immédiate des habitations pour l’ensemble de la population est un impératif.”

Des plans d’urgence qui n‘améliorent pas l’accès à l’eau

Dans son adresse à la nation du 2 avril dernier, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a annoncé un ensemble de mesures économiques dont la baisse du montant des factures d’eau et même la gratuité pour les couches les plus défavorisées. Cette mesure du chef de l’Etat burkinabè devait permettre aux concitoyens de se fournir en eau afin de lutter contre la propagation du coronavirus. Mais le problème n’est pas le coût de l’eau mais bien la disponibilité de l’eau ! Par ailleurs, sur le terrain, le constat est tout autre, l’eau est devenue une denrée rare dans ce contexte de crise sanitaire.

L’attente peut durer des heures pour remplir un seul récipient.
Crédit Photo: Parfait Ouattara
File d’attente interminable pour recueillir de l’eau dans un quartier de Ouagadougou.
Crédit Photo: Naim Touré

De son côté, l’Office National de l’Eau et de l’Assainissement (ONEA) attribue le problème d’accès à l’eau à la surconsommation depuis l’annonce des mesures prises par le président du Faso. Au cours d’une conférence de presse le 14 mai à Ouagadougou, les responsables de l’organisme ont expliqué: « Généralement, l’ONEA ne coupe pas l’eau, ce sont des baisses de pression liées à la surconsommation ». Ils ont par ailleurs évoqué le gaspillage constaté depuis l’annonce des mesures économiques du chef de l’Etat. Selon l’ONEA, la consommation est passée de 190 000 m³ à 210 000 m³ par jour.

Les coupures d’eau intempestives sont légions dans presque toutes les grands villes. A Bobo Dioulasso par exemple, et particulièrement au secteur 25, là où j’habite, les coupures d’eau sont fréquentes. Depuis le début de la pandémie, c’est un véritable calvaire. Je n’ai presque jamais d’eau en continu dans la cuisine. On peut passer une journée entière sans avoir d’eau courante. Parfois, il faut veiller jusqu’à très tard dans la nuit (entre 1h et 3h du matin) pour arriver à faire quelques réserves. Et là encore, il faut s’armer de patience et de courage car même quand l’eau est disponible, le débit est très faible. Hier par exemple, j’ai veillé toute la nuit sans réussir à remplir ces deux seaux d’eau que vous voyez ci-dessous.

Je ne vous cache pas que ce matin j’étais vraiment aigri, j’ai sacrifié toute une nuit de sommeil pour arriver à ce maigre résultat. Au secteur 25 de Bobo-Dioulasso, il y a tellement de coupures d’eau que les habitants ont surnommé le quartier “Sahara 25” ! Un autre quartier situé en centre-ville où les coupures sont moins fréquentes a hérité du surnom « Les chutes du Niagara m’ont sauvé ».

Ceci étant dit, l’ONEA a bel et bien appliqué les mesures prises par le gouvernement au niveau des bornes fontaines: l’eau y est gratuite. Et tout gérant qui ne respecte pas la décision, sera sanctionné. Du coup, c’est la ruée. Personnellement, je ne m’y aventure car pas les files d’attente sont interminables. Je préfère de loin passer tout une nuit devant mon robinet pour attendre l’eau 😅 

Pour permettre un meilleur rationnement de l’eau, l’ONEA appelle l’ensemble de la population aux sens des responsabilités tout au long de cette crise sanitaire.
Les hôpitaux, centres névralgiques dans la riposte contre le Covid-19, sont également confrontés au manque d’eau. Ils ne disposent pas de forages donc en cas de coupure, il n’y a aucune possibilité alternative. 

Capture d’écran Facebook


“Les gouvernements africains viennent de mettre en place des plans d’urgence pour lutter rapidement contre la crise de Covid-19. Mais la plupart de ces plans mettent surtout l’accent sur la réponse d’urgence sanitaire et peu sur l’amélioration de l’accès à l’eau et à l’assainissement, si ce n’est à travers l’installation d’équipements pour le lavage des mains dans les centres de santé et autres lieux publics.”

Fadel Ndaw, ingénieur en eau et assainissement à la Banque mondiale


Le Burkina Faso a beaucoup de leçons à tirer de cette crise du coronavirus. Le Burkina n’a pas un problème d’eau, le Burkina a un problème de politique, c’est cette vision complètement dépassée qui nous a conduit là où nous en sommes aujourd’hui. La période post-Covid sera déterminante, ce sera le moment d’adopter de nouvelles politiques dans plusieurs secteurs d’activités, comme l’agriculture ou l’assainissement. Plus nous réagirons vite, plus nous serons résilients. En ce qui concerne l’accès à l’eau potable, il faut sortir des sentiers battus et adopter de nouvelles stratégies qui permettront enfin à l’ensemble de la population burkinabè de bénéficier d’un réseau de distribution d’eau performant. Le Covid-19 démontre, s’il fallait encore le prouver, que l’eau est une denrée précieuse, vitale qui doit être accessible à tous. L’eau est un service essentiel, un droit fondamental de l’homme reconnu en tant que tel par les Nations unies, ce n’est pas un privilège. 


Comment le monde agricole burkinabè se tourne vers l’agroécologie après le Covid-19

Mondoblog lance le projet Mondoblog, unis contre le Covid-19, pour raconter l’évolution et les conséquences de la pandémie de coronavirus du point de vue des Mondoblogueurs sahéliens.


Bien avant la crise du coronavirus, les pays du Sahel faisaient déjà face à de nombreux défis sur le plan alimentaire, notamment à cause de la sécheresse et de la situation sécuritaire. Depuis quelques années, une partie de la population, contrainte de se déplacer, a abandonné les terres agricoles, qui a provoqué une perte significative des rendements. Ajoutez à cela la pluviométrie capricieuse et la dégradation des sols, le Faso se retrouve désormais avec une production agricole insuffisante. 

Aujourd’hui, la pandémie de coronavirus met en évidence la vulnérabilité des systèmes de production et de distribution des denrées alimentaires dans les pays du Sahel. Au début de l’épidémie, le gouvernement du Burkina a mis en place différentes mesures pour barrer la route au Covid-19, telles que la fermeture des frontières et des marchés. Ces mesures ont eu des conséquences considérables sur le monde agricole, les agriculteurs ont connu une baisse notoire de leur activité. On constate donc aujourd’hui que la politique agricole du pays n’est pas suffisamment solide pour affronter les effets d’une telle crise sanitaire. Si le pays des hommes intègres veut assurer sa souveraineté alimentaire, il n’a pas d’autre choix que de se réinventer.

Un système de production qui a atteint ses limites

Le Burkina Faso est un pays enclavé qui dépend fortement des importations pour s’approvisionner en riz, farine, lait et huile. Ces produits viennent des pays côtiers voisins. Et comme le Burkina a développé ce système d’importations de produits de base, il a délaissé la production locale. L’arrivée du Covid-19 a alors mis en évidence la fragilité du modèle agricole conventionnel du pays qui a clairement atteint ses limites avec la crise sanitaire.

En raison des mesures liées à la lutte contre la propagation du coronavirus – la fermeture des frontières, la mise en place du couvre-feu et de la quarantaine – les produits agricoles issus de la culture de rente (sorgho, mil, maïs, riz et coton) ne peuvent plus sortir du pays. Conséquence : ces denrées pourrissent faute de d’infrastructures de stockage. Les agriculteurs ne peuvent plus écouler leur marchandise! Ils voient leurs activités chuter de façon drastique et leur capacité financière est fortement réduite.
Le problème c’est que si un maillon de la chaîne est défaillant, cela devient compliqué pour l’ensemble du système. Il n’y a pas que la distribution régionale qui est touchée, l’approvisionnement local est lui aussi très perturbé.

En effet, depuis plusieurs mois, ravitailler les zones internes du pays devient difficile. Le ravitaillement, la distribution, c’est vraiment l’une des grandes failles de notre organisation, et on s’en rend compte avec cette crise qui nous a tous pris de court. Rien ne présageait qu’un virus, nommé Covid-19, allait s’abattre sur le Burkina Faso! Jusqu’ici, jamais notre système agricole n’avait été remis en question, mais aujourd’hui, c’est certain, il faut le questionner.

Même si certains produits agricoles arrivent à être acheminés, il y a quand même un problème de pénurie. En fait, la politique agricole du Burkina Faso se base sur l’exportation des cultures de rente, en l’occurrence le coton. Le problème c’est que la production de légumineuses et de fruits a été plus ou moins négligée, en tout cas, elle n’a pas bénéficié du même accompagnement. Par conséquent, lorsqu’il y a une crise, comme celle que nous vivons avec le Covid-19, la production disponible dans le pays est insuffisante. Eh bien, le coronavirus a mis ces failles en évidence, il est venu pulvériser tout le système! 

L’agriculture durable en phase avec les enjeux du moment 

Heureusement, certains paysans ont tout misé sur un autre modèle d’agriculture : l’agroécologie. Le modèle agro-écologique consiste en une agriculture responsable en phase avec la biodiversité, pour une production saine et de qualité. L’une des spécificités de ce système agricole consiste à mettre en culture des plantes « amies » ensemble pour qu’elles se protègent mutuellement des ravageurs. L’exploitant n’a donc pas besoin d’utiliser de pesticides. Ce système de production agricole permet plus d’autonomie et moins d’importations. Et on voit la différence depuis le début de la crise sanitaire ! Faute d’avoir des légumes et fruits frais en quantité suffisante, les populations locales, notamment dans les grandes villes, ont pris d’assaut les fermes agroécologiques. La famille Belemgnegre peut en témoigner. Leur ferme agroécologique est installée dans un village situé à la périphérie de Ouagadougou. Souleymane Belemgnegre a fondé l’association Béo-neere ( “avenir meilleur” en mooré) en 2013 pour promouvoir l’agroécologie et former les paysans. Depuis presque dix ans, la famille mise sur le bio et le circuit court.

Au Burkina Faso, une ferme agroécologique veut réinventer « le monde d’après », Le Monde, 5 mai 2020

Razack Belemgnegre, le fils de Souleymane, est déjà dans les starting-blocks pour prendre la relève. Dans un reportage accordé au journal Le Monde, le jeune Razack, âgé d’une trentaine d’années, affirme qu’avec le Covid-19, la production de l’exploitation agricole a connu une importante hausse. Les clients se bousculent pour se procurer les produits de la ferme Béo-neere.
« On n’arrête pas depuis le début de l’épidémie, on a même dû augmenter notre capacité de production ». Razack Belemgnegre soutient qu’avec le modèle de l’agroécologie, les engrais chimiques sont inutiles. Les paysans cultivent leurs propres semences et fabriquent leur engrais à partir du fumier et du compost. Les produits issus de ce modèle agricole sont vendus en circuit court directement de la ferme au domicile des clients ou sur des marchés, et quasiment au même prix que ceux du commerce. 

« Avec la mise en quarantaine des villes, l’acheminement jusqu’à Ouagadougou est plus compliqué. Désormais on privilégie la vente microlocale. »
Les deux agriculteurs sont unanimes sur le fait que le Burkina Faso doit tirer toutes les leçons de la pandémie du coronavirus et opérer rapidement un changement de politique agricole pour basculer vers l’agroécologie. 
Razack Belemgnegre s’est donné pour mission d’implanter les bonnes pratiques agroécologiques dans quelques 70 villages, afin de sensibiliser de nombreux paysans.

« Le coronavirus doit nous servir de leçon. On a trop forcé la nature, on subit déjà les effets du changement climatique. Il faut repenser local, nous ne pouvons plus dépendre de l’extérieur pour nous nourrir. »


Razack Belemgnegre


Selon l’ONU, en Afrique de l’Ouest, le nombre de personnes touchées par la faim pourrait passer de 17 à 50 millions entre juin et août 2020

A Bobo-Dioulasso où je vis, les producteurs agricoles ont également pris conscience de l’enjeu. De nombreux exploitants, après avoir été sonnés par l’arrivée brutale du coronavirus, ont décidé de changer de modèle agricole. C’est le cas par exemple du groupement des producteurs mixtes du secteur 25 de la ville de Bobo-Dioulasso. Dans un espace soigneusement aménagé, qui s’étend sur plusieurs centaines de m², des hommes et des femmes s’affairent à cultiver différentes espèces de plantes. On peut y trouver des familles d’arbres fruitiers (citronniers, orangers, manguiers) qui cohabitent avec des arbres fruitiers sauvages (néré, karité, coco sauvage, pékoun).

Dans cette exploitation, on pratique la permaculture, une technique qui favorise à respecter l’équilibre de la nature. Les pieds de choux poussent aux côtés de plantes de manioc, la salade est protégée par l’ombre des citronniers… Ainsi, plusieurs types de plantes sont cultivés ensemble de façon harmonieuse, afin que chacune profite à l’autre. Le résultat c’est une exploitation à production rentable mais qui n’utilise pas d’engrais chimiques. La méthode du compostage est la pratique de fertilisation la plus utilisée. Sur le site de Nasso, localité située à 15 km de Bobo-Dioulasso, des terres sont valorisées pour la pratique de l’agroécologie.

Ces terres ont notamment permis de ravitailler la zone de Bobo-Dioulasso durant la période de quarantaine. Les exploitants de ce domaine agroécologique sont fiers de pouvoir ravitailler une grande ville comme Bobo-Dioulasso en cette période de crise sanitaire, où la demande en fruits et légumes a explosé. D’un point de vue global, la crise du coronavirus a eu un impact significatif sur le monde agricole burkinabè. Les agriculteurs ont pris conscience de la nécessité de basculer vers un nouveau modèle plus résilient, qui peut leur permettre de faire face à de nombreux défis. L’agroécologie est désormais perçue comme une solution.


Rappelons que le Burkina Faso aurait pu devenir une référence de l’agroécologie dans les années 80, si l’oeuvre du défunt président, Thomas Sankara, avait été poursuivie. A cette époque, Thomas Sankara avait décelé le potentiel de l’agroécologie pour rendre son pays autosuffisant sur le plan alimentaire. Il était très en avance sur son temps. C’est ainsi qu’il avait fait appel à Pierre Rabhi, un français d’origine algérienne, éminent spécialiste de la culture biologique, aujourd’hui internationalement connu. Son projet était de réformer la politique agricole du Burkina Faso qui présentait de nombreuses failles. Les deux hommes avaient de grandes ambitions pour le Burkina, mais, malheureusement, Thomas Sankara a été assassiné le 15 octobre 1987 à Ouagadougou, et le projet agroécologique est parti avec lui. Pierre Rabhi, quant à lui, n’a plus jamais été approché par l’Etat burkinabè et il est allé faire bénéficier son expertise dans d’autres pays. Quarante ans après, il aura fallu qu’un virus nous tombe dessus pour que le Burkina Faso renoue avec cette idée et s’ouvre sérieusement à l’agroécologie !


Sport et Covid-19 à Bobo Dioulasso

Mondoblog lance le projet Mondoblog, unis contre le Covid-19, pour raconter l’évolution et les conséquences de la pandémie de coronavirus du point de vue des Mondoblogueurs sahéliens.


Malgré la levée de plusieurs mesures restrictives, notamment le couvre-feu, les autorités du Burkina Faso restent en alerte maximale et appellent l’ensemble de la population à rester vigilante. C’est dans ce contexte de crise sanitaire que le monde du sport burkinabè a dû s’adapter.

Depuis le mois de mars, le sport professionnel est à l’arrêt, les autorités ont décidé de suspendre purement et simplement la saison de nombreuses disciplines sportives. Les compétitions sportives rassemblent beaucoup de monde et cette affluence est risquée en temps de coronavirus. C’est par exemple le cas du Championnat du Burkina Faso de football, annulé en raison de la propagation du coronavirus. La Fédération burkinabé de football (FBF) s’est exprimée au mois de mai : “La Fédération burkinabè de football, à travers le comité d’urgence […] a statué sur le sort de cette saison 2019-20 (…) L’option de l’annulation rétroactive des compétitions 2019-20 non achevées a été adoptée à l’unanimité.”
Cette décision a fait couler beaucoup d’encre et de salive au sein du milieu footballistique burkinabé. 

Le maracana

A Bobo Dioulasso, la pratique du sport est ancrée dans les habitudes des Bobolais. Le jogging, le football (en particulier le maracana, football de rue très populaire) et le cyclisme y sont très pratiqués. Les amateurs et les professionnels ont donc dû adapter leur pratique sportive pour respecter les gestes barrières préconisés dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. Par exemple, au niveau de la cité universitaire de Belle-ville, les étudiants sont de grands adeptes du maracana. Ce sport de rue, qui fédère en temps normal différentes couches sociales, a connu quelques ajustements, ce qui n’est pas simple car le maracana est un sport de contact.
La preuve en images :

Les étudiants s’organisent pour jouer au maracana dans le respect du contexte sanitaire.
Crédit Photo : Amos Traoré
Nouvelle règle, il ne faut pas toucher l’adversaire sous peine de prendre un carton.
Crédit Photo : Amos Traoré
Maximum 9 joueurs sur le terrain.
Crédit Photo : Amos Traoré
Certains préfèrent s’isoler et jouer en petit groupe.
Crédit Photo : Amos Traoré

Les étudiants s’organisent donc par groupes de trois ou quatre sur le terrain pour pouvoir jouer en toute sérénité. Abdoulaye, étudiant en première année de génie mécanique et pensionnaire de la cité de Belle-ville, nous raconte comment lui et ses collègues ont modifié les règles du maracana pour s’adapter au contexte de crise sanitaire.

« Avec le coronavirus, on ne veut pas être nombreux du terrain. En général, le maracana se joue avec des équipes de 7 personnes, donc 14 joueurs sur le terrain. Avec le Covid-19 on a un peu changé cette règle. Pour respecter au maximum la distanciation physique, chose compliquée (rires), on s’organise en deux équipes de 4 joueurs, soit 8 joueurs sur le terrain. Quand le premier groupe termine sa partie, un autre groupe prend le relais. Il est aussi formellement interdit de se toucher, pas de contact sinon c’est carton rouge direct ! L’arbitre veille au grain (rires). C’est vrai que ça change du maracana tel que nous le connaissons, mais avec cette sale maladie il faut être prudent et prendre des précautions. Quand la pandémie sera maîtrisée, on pourra à nouveau se faire de bonnes parties de maracana. »

Abdoulaye se prépare pour une partie de maracana
Crédit Photo : Amos Traoré

Le cyclisme

Les cyclistes de Bobo Dioulasso ont, eux-aussi, changé leurs habitudes.
En cette matinée de dimanche, je suis allé à la rencontre de cyclistes amateurs, membres du Vélo Club de Bobo. Ils reprennent tout juste l’entraînement après plusieurs semaines d’interruption.
Zoungrana Idrissa, mécanicien de son état, pratique le cyclisme en tant qu’amateur depuis près de dix ans maintenant. Il me confie sa joie de pouvoir pédaler à nouveau :

« Je suis le capitaine de route de l’équipe As Sifa et aujourd’hui c’est attaque sur attaque (rires). Sincèrement, c’est la première fois en dix ans que j’ai dû arrêter de pédaler pendant des jours. C’était vraiment difficile. Le coronavirus a perturbé notre programme. Avant que la maladie « n’atterisse » au pays, moi et mes coéquipiers on s’entraînait très dur pour le championnat national qui devait se tenir début juin. Et finalement, c’est aujourd’hui seulement qu’on reprend l’entraînement ! Mais on ne va pas faire de longues distances, juste quelques kilomètres pour retrouver des sensations. Nous restons prudents, nous allons reprendre progressivement. »

Zoungrana Idrissa prépare sa monture.
Crédit Photo : Amos Traoré
De gauche à droite : Zoungrana Idrissa, Sanfo Hamidou et Sanou Paul
Crédit photo : Amos Traoré

Aux côtés de Zoungrana Idrissa, il y a Sanfo Hamidou et Barro Claude,tous deux commerçants, il y a aussi Sanou Paul, policier, et Rabo Madi et Zebre Seydou, deux artisans et qui sont eux aussi contents de pouvoir remonter sur leur vélo. 

« Le vélo est un sport exigeant pour l’organisme, avec le Covid-19 on ne va pas forcer. On va juste faire quelques kilomètres pour réveiller nos jambes qui étaient endormies. »

Et devinez quoi ? Un autre larron s’est glissé parmi ces cyclistes… Et oui, c’est moi ! Depuis trois ans maintenant, je suis sociétaire de l’As Sifa de Bobo Dioulasso.

A droite de la photo, c’est moi !
Crédit Photo : Amos Traoré

Ce dimanche, j’ai moi aussi repris l’entraînement avec mes coéquipiers. Il faut dire qu’après trois mois de rupture, ce ne fut pas chose aisée ! Pour ne pas fatiguer l’organisme, on a roulé seulement quelques kilomètres. Malgré la courte distance, j’ai dû écraser mes pédales pour terminer la dernière côte avant notre retour à Bobo Dioulasso ! Dure la reprise ! Mes coéquipiers m’ont bien évidemment chambré à l’arrivée. Ce n’est que partie remise : dès que mon entraînement sera au point je prendrai ma revanche !

Après l’effort, le réconfort.
Crédit Photo : Amos Traoré

La pandémie de coronavirus a eu un véritable impact sur la vie sociale au Burkina Faso. C’est donc un plaisir de retrouver ses coéquipiers pour partager un moment sportif suivi d’un moment convivial autour d’un verre.

Selon les derniers chiffres des autorités sanitaires, il semble que la maladie soit en train de reculer vu la baisse du nombre de nouveau cas de contamination. Plusieurs mesures restrictives ont été levées (couvre-feu, réouverture des lieux de réjouissance populaire). Il faudra sans doute attendre de longues semaines pour constater un retour à la normale dans tous les secteurs d’activités. En ce qui concerne la pratique du sport, les populations se sont globalement adaptées à la nouvelle norme et comme le dit mon coéquipier Sanou Paul: « Le sport s’est adapté au Covid-19 et bientôt le sport reprendra ses pleins droits pour le bonheur de tous. »