Amos Joel Yohane Traore

Administrations publiques au Burkina Faso : à quand la fin de la grande foutaise ?

Au Burkina Faso, s’il y a un secteur qui cause la misère à bon nombre de burkinabè, c’est bien l’administration publique. En temps normal, ce secteur doit permettre à la majorité de la population de disposer de documents administratifs et de bien d’autres services pour la bonne marche du pays.

Malheureusement, depuis de nombreuses années, on constate avec amertume que l’administration publique du pays des Hommes intègres est en déliquescence totale. On y rencontre une grande majorité d’agents publics tout sauf intègres, leurs attitudes à l’endroit des usagers est tout simplement scandaleuse et nauséabonde.

L’usager n’est pas respecté

Il y a certains services publics où c’est l’anarchie totale, chacun y fait régner sa loi et c’est le pauvre usager qui subit le diktat de ses tortionnaires d’un nouveau genre. Presque tous les maux dont souffre la société burkinabè sont répertoriés au niveau de l’administration publique: corruption à grande échelle, népotisme, clientélisme, gabegie. Il y a longtemps que les funérailles de l’amour du travail et de la conscience professionnelle furent célébrés et c’est bien triste. L’ex-président du Burkina Faso, le capitaine Thomas Sankara, a dû se retourner de nombreuses fois dans sa tombe, lui qui avait réussi à instaurer une vraie discipline au sein de l’administration publique. Sous le mandat de Thomas Sankara, les fonctionnaires burkinabè étaient des hommes et des femmes compétents, intègres, travailleurs et qui portaient en haute estime l’usager qui venait bénéficier d’un certain nombre de services.

Aujourd’hui, ces nobles valeurs ont foutu le camp et c’est bien dommage. Dans ce billet, je vais vous faire part d’une mésaventure dont j’ai été victime au niveau d’un service public, il s’agit du Trésor public de Bobo-Dioulasso. Les faits se sont déroulés ce vendredi 11 Septembre et pour être franc, cette mésaventure me reste toujours en travers de la gorge vu la manière dont j’ai été traité tel un animal qu’on veut punir (les mots ne sont pas assez forts pour traduire mon ressenti). Dans la matinée du vendredi 11 Septembre, je devais me rendre successivement à l’Office National d’Identification (ONI), dans un commissariat et pour terminer la boucle, au Trésor Public de Bobo-Dioulasso.

Comment un pays peut-il se développer avec de tels comportements ?

À l’ONI et au commissariat le service était vraiment de qualité ( salue fraternel aux agents de ces deux structures pour leur professionnalisme et leur sens de l’écoute). C’est quand je suis arrivé au Trésor que ma journée a pris une autre tournure. Quand je suis arrivé dans cette structure étatique, rien que pour avoir des informations s’était compliqué, un grand nombre d’agents se comporte avec dédain vis à vis des usagers. J’ai mis au moins 30 minutes à errer comme un fantôme dans l’enceinte du service avant de trouver le guichet où je pouvais m’acquitter de mes frais de passeport.

Après de nombreuses minutes d’errance, c’est un usager de bonne volonté, habitué des lieux, qui m’a indiqué le guichet en question. De l’autre côté, il y avait un agent avec un air hautain qui me regardait, je le salue c’est à peine qu’il a daigné ouvrir sa bouche pour me répondre. Je lui pose mon problème et il me répond de manière très discourtoise que je peux payer mes frais de passeport dans tous les guichets.

Je prends mon mal en patience et j’intègre le rang, il est 11h35mn. Aux environs de 12h10mn, l’agent en question ferme sa petite trappe et tire les rideaux. Le motif, apparemment c’est la pause, ok, sur la note qui est affichée en gros caractère sur la vitre du guichet, il est mentionné que la pause c’est de 12h30mn à 13h30mn. Je prends mon mal en patience et je décale tous mes rendez-vous de la journée. A 13h30, les guichets sont toujours fermés, 14h toujours rien, 14h30 statu quo.

Trop c’est trop, je décide alors d’aborder les agents pour avoir des explications, personne ne me répond, c’est à peine si j’existe. Entre-temps, tous les autres usagers qui patientaient jettent l’éponge. Qu’est-ce qui se passe? les agents sont-ils en grève? en mouvement d’humeur? personne pour clarifier les choses, je suis livré à moi-même. Chose troublante, les agents sont bien installés à l’intérieur des bureaux, d’autres communiquent au téléphone, il y en a qui ont les yeux rivés sur leur écran d’ordinateur entrain de faire tout sauf le travail pour lequel ils sont payés.

C'est ainsi que les guichets du Trésor sont restés fermés de 12h jusqu'à 15h (heure à laquelle où j'ai quitté les lieux. Pourtant dans le code du travail burkinabè, les termes sont clairs, les heures de travail c'est de 8h à 16h avec une pause d'une durée allant de 30mn à 1h30mn à midi pour permettre aux agents de s'alimenter
C’est ainsi que les guichets du Trésor sont restés fermés de 12h jusqu’à 15h (heure à laquelle où j’ai quitté les lieux. Pourtant dans le code du travail burkinabè, les termes sont clairs, les heures de travail c’est de 8h à 16h avec une pause d’une durée allant de 30mn à 1h30mn à midi pour permettre aux agents de s’alimenter

Certains des agents, sans aucune gène s’adonnent à une bonne sieste, Seigneur! Entre-temps, au niveau d’un guichet, un usager qui était venu encaisser un chèque arrive à se faire recevoir. Je fonce alors au niveau dudit guichet et là, la bonne dame me lance à la figure de revenir lundi, sans autres formes d’explications. Je proteste et lui dit que moi aussi je suis un usager, je ne suis pas un animal, pourquoi le monsieur arrive à encaisser son chèque et moi je suis là entrain de poireauter depuis 11h30mn. Elle ferme la fenêtre du guichet à mon nez et un autre agent me lance un propos discourtois. Alors là, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, je suis hors de moi. Heureusement que j’arrive à reprendre mes esprits et à quitter les lieux rapidement.

Il faut un sérieux recadrage

Il faut que les agents du Trésor de Bobo-Dioulasso et en général les fonctionnaires burkinabès comprennent qu’ils sont là pour accomplir une mission de service public. Les usagers ne viennent pas pour quémander ou pour implorer leur pitié, il faut vraiment arrêter avec certains comportement qui n’honorent pas les valeurs que nos ancêtres nous ont légué. Comment on peut faire avancer un pays si les premiers citoyens du pays ne sont pas pleinement impliqués, le processus de développement ce n’est pas que l’affaire des autorités, chacun à son niveau doit avoir une attitude irréprochable pour le bien être de la communauté.

Au sein de l’administration publique burkinabè il ya des hommes et des femmes qui sont intègres, honnêtes et travailleurs ça il faut le reconnaître, mais cette catégorie rare de fonctionnaires évolue dans une sorte de marre aux crocodiles où ils peuvent se faire dévorer à tout moment. Le service public doit être le socle pour impulser une dynamique de développement, quand ce même service public est dans une léthargie indescriptible le développement ne devient qu’un leurre et la voie est ouverte à toutes sortes de dérives.

J’ai parlé de ma mésaventure à certains de mes proches et ils m’ont conseillé de porter plainte pour le préjudice que j’ai subi. J’aurais aimé porter plainte, mais là encore c’est une bataille que je ne suis pas sûr de remporter vu le système pervers qui est en place et qui n’est pas du tout en faveur des plus faibles. Dans les jours à venir, je vais me rendre à nouveau au Trésor tout en espérant que cette fois-ci j’aurai des oreilles attentives à mes différentes préoccupations.


Tour de France 2003: la chute qui a anéanti les chances de Jan Ulrich

Le Tour de France bat actuellement son plein avec des étapes très palpitantes. Le peloton est actuellement dans la deuxième semaine de course et des coureurs ont marqué de leur empreinte cette édition du Tour. La lutte pour le maillot jaune s’annonce très serrée, le slovène Primoz Roglic (Jumbo Visma) qui est actuellement le leader de la course aura fort à faire face à des coureurs bien classés comme Egan Bernal (Ineos Grenadier), Tadej Pogacar (UAE Emirates), Guillaume Martin (Cofidis), Mikel Landa (Bahreïn Mccalren) ou encore Romain Bardet (AG2R-La Mondiale) et Richie Porte (Trek Segafredo).

La troisième semaine qui s’annonce terrible, sera le juge de paix de ce Tour de France. Aujourd’hui, je vais vous faire remonter le temps et vous amener en 2003, le samedi 26 juillet plus exactement, lors du contre-la-montre individuel entre Pornic et Nantes. En 2003, j’avais 9 ans et je me rappelle avoir attendu toute l’année cette édition du Tour de France pour supporter mon idole, celui là même qui m’a fait aimer le vélo et le Tour de France, l’Américain Lance Armstrong.

La fusée texane contre l’ogre de Rostock

En 2003, Lance Armstrong a su parfaitement négocier le parcours, il a euceuré tous ses principaux adversaires à l’exception d’un seul qui croyait toujours en ses chances de victoire, il s’agit de l’Allemand Jan Ullrich, éternel rival de Lance Armstrong. Malgré la maîtrise de Lance, Ulrich a su garder le contact jusqu’à la 19e étape, une étape qui allait grandement contribuer à désigner le vainqueur de la grande boucle. Au départ de cette étape, l’écart n’était pas trop élevé (1mn18s) entre les deux champions.

Lors de ce contre-la-montre individuel, l’allemand pouvait soit refaire son retard sur le Texan soit perdre définitivement le Tour. Jan était un spécialiste de l’épreuve du contre-la-montre, quand il s’est lancé, il a immédiatement tout donné, l’Allemand était conscient qu’il pouvait réaliser un exploit. Le parcours de l’étape était très sinueux et les conditions météorologiques dantesques, une forte pluie avait rendu la chaussée très glissante. Jan Ullrich n’avait que faire de ces difficiles conditions, il s’est donné à fond et dans la première partie de course, il possédait un temps d’avance sur Lance Armstrong.

Le professionnalisme de Lance a fait la différence

L’Américain de son côté, ne prenait aucun risque, il gérait son effort pour ne pas prendre de risque avec la chaussée glissante. Alors qu’il était bien parti pour remporter l’étape et se rapprocher de Lance, Jan Ullrich a mal négocié un virage et il a chuté, patatra, tous ses espoirs se sont envolés. Dès lors, la course n’a plus été la même, Ulrich a pu repartir mais il était crispé sur son vélo. Derrière, Lance Armstrong a refait son retard sur l’allemand. Au cours de ce contre la montre, Lance Armstrong finira à la 3e place avec 11 secondes d’avance sur Jan Ullrich qui a terminé 4e tout déboussolé. À mon avis, ce qui a fait la différence ce jour-là, c’est que l’américain avait minutieusement préparé cette étape piégeuse.

Le Texan avait reconnu le parcours et identifier les différents points dangereux quelques heures avant le départ lorsque Ulrich était bien au chaud dans sa chambre d’hôtel. De plus, Lance Armstrong avait demandé à deux de ses coéquipiers (Viatcheslav Ekimov et Víctor Hugo Peña ) de faire le chrono à bloc pour lui rapporter des éléments cruciaux sur le parcours. Lance Armstrong était un immense champion qui ne laissait rien au hasard, il voulait perfectionner même les plus petits détails pour être performant. Ce 26 juillet, Jan Ullrich a commis une petite erreur qui lui a été préjudiciable et au sortir du contre-la-montre, l’allemand a compris qu’il n’avait plus aucune chance de remporter le Tour de France 2003. Revivez cette étape dans cette vidéo:

https://www.youtube.com/watch?v=KZVpwYMqFEs


Saison des pluies au Burkina : le réseau routier n’est pas à la hauteur

Depuis le mois de mai, le Burkina Faso est rentré de plein pied dans la saison pluvieuse. Ainsi, jusqu’à début Octobre, le pays des Hommes intègres bénéficiera d’une pluviométrie abondante au grand bonheur des agriculteurs qui espèrent faire de bonne récoltes. La pandémie du coronavirus a eu des répercussions notoires sur le secteur agricole burkinabè et les agriculteurs mettent actuellement les bouchées doubles en cette saison des pluies pour limiter les dégâts. Il est vrai que cette période de l’année est une aubaine pour l’agriculture burkinabè, mais dans le même temps, c’est aussi une période d’angoisse et de crainte pour beaucoup de mes concitoyens.

Depuis de nombreuses années et à cette même période, mon pays est confronté à des inondations qui occasionnent d’innombrables dégâts tant matériels qu’humains. Le Burkina ne dispose d’aucun système de drainage et d’écoulement des eaux de pluie, ce qui est préjudiciable aux populations. Dans ce billet, je vais m’attarder sur un volet essentiel, il s’agit de l’état calamiteux des routes pendant la saison hivernale.

Bobo et ses routes durant l’hivernage, c’est pas du tout simple

En temps normal, la qualité du réseau routier au Burkina laisse déjà à désirer, mais durant la période des pluies, c’est tout simplement la catastrophe. C’est la croix et la bannière pour arriver à se déplacer. L’espérance de vie des engins à deux et à quatre roues chute brutalement et ce sont les mécaniciens qui se frottent les mains car ils vont réaliser de bonnes affaires. Je vais vous emmener à la découverte de certaines voies dans ma ville de Bobo-Dioulasso durant cette période d’hivernage où des quartiers de Bobo sont coupés du reste du monde quand dame nature ouvre les vannes.

Secteur 24 de la ville de Bobo-Dioulasso, on a l'impression d'être en présence d'un barrage, mais il s'agit de l'état d'une voie après le passage de la pluie- Crédit Photo Amos Traoré
Secteur 24 de la ville de Bobo-Dioulasso, on a l’impression d’être en présence d’un barrage, mais il s’agit de l’état d’une voie après le passage de la pluie- Crédit Photo Amos Traoré
Les plus téméraires forcent le passage à l'image de ce moto taxi- Crédit Photo Amos Traoré
Les plus téméraires forcent le passage à l’image de ce moto taxi- Crédit Photo Amos Traoré
Les riverains sont confrontés à des risques sanitaires et des inondations avec ces marres d'eaux stagnantes- Crédit Photo Amos Traoré
Les riverains sont confrontés à des risques sanitaires et des inondations avec ces marres d’eaux stagnantes- Crédit Photo Amos Traoré

Dans quelques mois, le Burkina Faso va fêter le 60e anniversaire de son accession à l’indépendance. Comme d’habitude, les responsables politiques vont entonner des discours vrombissant empreints de populisme et de démagogie pour affirmer que le Burkina est sur la voie de l’émergence (ah, ces hommes politiques ont vraiment de l’humour !). Après 60 ans d’indépendance, nous ne sommes pas capables de mettre en place un réseau routier performant à l’intérieur de nos villes. Nous investissons dans des choses inutiles, nous n’avons aucune vison pour un développement durable et surtout nous passons notre temps à accuser les autres de nos limites et de nos carences.

Un éternel recommencement

Ça me fait mal de le dire, mais comment on peut respecter un pays qui ne tire jamais de leçons du passé et qui passe son temps à s’embourber dans un folklore qui ne fait que l’enfoncer. Aucun sens de l’anticipation, aucune projection. Nous sommes toujours dans des vieux carcans qui ne nous apportent rien. Continuons notre tour d’horizon du réseau routier de Bobo. Cette fois je vous amène au quartier historique de Sarfalao. Durant la saison des pluies, ce quartier a une sinistre réputation et vous verrez pourquoi

L’eau des pluies créent de profonds sillons au niveau des routes du quartier Sarfalao- Crédit Photo Naim Touré
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Vu l’état de ruine de cette voie, elle peut être classé au patrimoine mondial de l’Unesco, des voies comme celle-ci il en existe plusieurs dans ce quartier- Crédit Photo Naim Touré
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On a l’impression de se trouver dans un paysage lunaire, je me demande bien comment ce riverain arrive à avoir accès à son domicile- Crédit Photo Naim Touré

Vous venez maintenant de constater pourquoi je disais que le quartier de Sarfalao avait une sinistre réputation pendant la saison des pluies. Attention, mon intention n’est pas de dénigrer ce beau quartier qui m’est cher, j’ai de nombreux proches qui habitent ce quartier et durant toute l’année, je passe d’agréables moments à Sarfalao. J’étale des faits qui sont palpables et qui sont visibles depuis de nombreuses années. Sarfalao est un lieu de brassage culturel où il fait bon vivre mais ses habitants souffrent le martyre une fois que la saison des pluies s’installe. Pour achever ce tour d’horizon, mettons le cap sur le secteur 25 de la ville de Bobo-Dioulasso, là où j’habite. Voua allez voir, là-bas aussi c’est le calvaire durant cette saison pluvieuse.

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Au Secteur 25, c’est le même constat et je peux vous assurer que c’est la même chose chaque année- Crédit Photo Amos Traoré
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No comment- Crédit Photo Amos Traoré
Les riverains tentent de colmater les brèches avec les moyens du bord en déversant de la terre rouge à certain endroit comme c'est le cas ici. Malheureusement, une fois qu'il pleut, la voie devient impraticable Crédit Photo- Amos Traoré
Les riverains tentent de colmater les brèches avec les moyens du bord en déversant de la terre rouge à certain endroit comme c’est le cas ici. Malheureusement, une fois qu’il pleut, la voie devient impraticable Crédit Photo- Amos Traoré
Pour arriver à me déplacer de manière plus pratique, j'enfourche fréquemment mon vélo de course alias le "spitfire" j'arpente alors les voies rocailleuses à la manière d'un coureur sur la course cycliste Paris-Roubaix Crédit Photo-Amos Traoré
Pour arriver à me déplacer de manière plus pratique, j’enfourche fréquemment mon vélo de course alias le « spitfire » j’arpente alors les voies rocailleuses à la manière d’un coureur sur la course cycliste Paris-Roubaix Crédit Photo-Amos Traoré
Souvent il faut attendre quelques minutes voir des heures pour que l’eau puisse s’écouler avant de pouvoir se déplacer

La dégradation des routes durant la saison pluvieuse est constatée dans de nombreuses villes du Burkina Faso. Le comble dans tout ça, c’est que le même scénario se répète chaque année mais ne nous ne sommes pas en mesure de tirer des leçons pour améliorer les choses. Nous devons avoir le courage de nous regarder dans le miroir et de nous assumer afin, on ne peut pas continuer indéfiniment dans cette médiocrité.

Face à la saison des pluies, l’innovation ?

De nombreux défis attendent le Burkina Faso dans les années à venir dans plusieurs domaines et pour relever ces défis, les infrastructures routières sont primordiales. Ne dit-on pas que le développement d’un pays passe par le développement de son réseau routier? Pour masquer leurs incapacités, les pouvoirs publics estiment que le coût de réalisation des routes est bien trop élevé pour un « pays pauvre » (je déteste cette étiquette qui nous colle à la peau). Cependant, les décideurs oublient que nous sommes au 21e siècle et que c’est le siècle de tout les possibles.

Il existe aujourd’hui de nombreuses alternatives pour remédier au coût élevé de la construction des routes. Si nous prenons le cas des déchets plastiques qui pullulent partout au Burkina, on peut les valoriser et les transformer en sorte de goudron. Cela permettra de réhabiliter nos voies afin qu’elles soient en phase avec nos réalités. Des pays innovent déjà en la matière comme c’est le cas en Inde et rien ne peut empêcher le Burkina Faso d’emprunter la même voie.

Nous avons les ressources humaines sur place, des hommes et des femmes extrêmement qualifiés qui peuvent exécuter tout un tas d’innovations pour le bien être des populations, il manque juste la volonté politique. Arrêtons de nous cacher derrière des excuses, arrêtons avec le fatalisme, arrêtons avec ce complexe mal placé qui nous fait croire que nous n’avons pas la technologie nécessaire pour exécuter certains projets. Fusionnons nos énergies et rêvons grand et bien pour bâtir un cadre de vie propice à l’épanouissement de la population, ce n’est que comme ça que nous arriverons à sortir la tête de l’eau.


Tour de France : le top départ, Bobo et moi n’avons attendu que ça

Le monde du sport a été terriblement affecté cette année par la pandémie du coronavirus, l’Euro de football, les Jeux Olympiques et d’autres grands rendez-vous sportifs furent reportés à des dates ultérieures. Le Tour de France, la mythique course cycliste qui devait normalement se tenir en Juillet dernier a été ramené en fin août.

Entre temps, les amoureux de la Petite Reine (dont je fais partie) ont eu très peur que la course cycliste la plus prestigieuse du monde soit purement et simplement annulée vu que la maladie à coronavirus continuait de se propager. Le virus est encore présent et les autorités françaises sont mobilisées comme jamais pour circonscrire la maladie. C’est dans ce contexte exceptionnel que sera donné ce samedi 29 août dans la belle ville de Nice, le top départ de la 107e édition du Tour de France. Durant trois semaines de courses, les meilleurs coureurs du monde feront vivre un grand spectacle aux amoureux du vélo et du sport en général. De mon côté, je vais vous faire partager ma passion du vélo et du Tour de France durant ces trois semaines.

Jusqu’au 20 septembre, je mettrai en avant certains des moments forts du Tour de France, les coureurs et les étapes qui ont magnifié la Grande boucle, faisant de cette compétition l’un des plus grands événements sportifs du monde. Je vous ferai vivre également la passion du vélo depuis ma ville de Bobo-Dioulasso qui est une terre de cyclisme et où le Tour de France est beaucoup suivi. Moi et mes coéquipiers du vélo de Bobo-Dioulasso et de l’AS Sifa attendons impatiemment le top départ de la grande boucle pour découvrir de nouvelles techniques de course. À Bobo-Dioulasso, la magie du Tour de France est perceptible, on voit des personnes de tous les âges assis devant les écrans de télévision pour admirer et soutenir les forçats de la route. Depuis que je réside à Bobo-Dioulasso, la période du Tour de France permet à de nombreuses personnes de pratiquer le vélo, la magie s’opère seule, c’est pour cela que j’aime et pratique le vélo.

Les coureurs cyclistes de Bobo-Dioulasso n’attendent que le top départ de la grande boucle- Crédit photo Amos Traoré

Cette année, le Tour de France s’annonce palpitant, le parcours est spectaculaire et contrairement à certaines éditions, la concurrence sera de taille cette année. Le jeune Colombien Egan Bernal, de l’équipe INEOS-Grenadier aura à cœur de ramener pour la deuxième fois le maillot jaune à Paris, mais ça ne sera pas simple car il ne manquera pas de concurrents.

Selon moi, les principaux adversaires du jeune Bernal sont Tom Dumoulin, qui me fait chaque fois penser au légendaire Miguel Indurain ; et Primoz Roglic de l’équipe néerlandaise Jumbo Visma. Le premier, ancien vainqueur du Tour d’Italie est toujours fort à cette période de l’année et le second est sans doute dans la fleur de l’âge actuellement. Le Slovène, ex-skieur a fait une démonstration de sa forme actuelle lors du dernier Critérium du Dauphiné (l’une des plus grandes courses du World Tour) où il a écrasé la concurrence faisant très mal à un certain Egan Bernal qui n’a pas pu tenir le rythme.

Les Colombiens seront partout

Autres favoris au maillot jaune, Esteban Chaves (Michelton Scott) un autre Colombien, Rigoberto Uran, encore un autre colombien qui évolue au sein de l’équipe américaine Education First. Il y a aussi l’italien Fabio Aru ancien lauréat du Tour d’Espagne qui revient à son meilleur niveau et qui peut prétendre au titre.

N’oublions pas les éternels outsiders qui sont très souvent placés mais rarement vainqueurs, ce sont ces genres de coureurs qui donnent toute sa beauté au Tour de France. On peut citer Richie Porte (Trek Segafredo), le valeureux Dan Matin (Israel-Start up Nation) l’instinctif Mikel Landa (Bahrein-Mcclaren), l’inoxydable Alejandro Valverde, 39 ans, qui est à son 11e Tour de France et qui est toujours capable de faire mal en Montagne. Nairo Quintana (ces colombiens sont fantastiques) de l’équipe Arkea Samsik est déterminé à faire enfin bonne figure sur la Grande Bouble où il a trop souvent alterné le bon et le moins bon.

Moi je mettrais bien une petite pièce sur Tadej Pogacar, l’étoile montante du cyclisme mondial qui évolue au sein de l’équipe UAE Emirates. Le jeune slovène possède toutes les qualités requises pour briller de mille feux sur une course de 3 semaines mais les spécialistes s’accordent à dire que le phénomène est encore trop jeune pour prétendre jouer les premiers rôles dans une épreuve de cette envergure.

N’oublions pas qu’Egan Bernal a remporté le Tour l’année dernière à l’âge de 22 ans, Pogacar a 20 ans et il peut créer l’exploit, son seul handicap c’est son équipe qui ne possède pas l’armada de l’équipe Ineos qui a sans doute sur le papier l’équipe la plus impressionnante (Andrey Amador, Egan Bernal, Richard Carapaz, Jonathan Castroviejo, Michal Kwiatkowski, Luke Rowe, Pavel Sivakov, Dylan van Barle). Les autres coureurs du peloton qui évoluent dans d’autres registres tels que les puncheurs, les rouleurs, les baroudeurs, les sprinteurs vont aussi assurer le spectacle. Comment ne pas citer la superstar du cyclisme Peter Sagan (Bora Hansgrohe) qui va faire encore le show et procurer des frissons aux spectateurs et aux téléspectateurs par sa façon unique de courir.

Le slovaque tentera de ramener pour la 7e fois sur les champs Élysées, le maillot vert du meilleur sprinteur. Julian Alaphilippe, Philippe Gilbert, Thomas De Gendt , Romain Bardet, Wout Van Aert, Alexey Lutsenko, John Degenkolb auront à cœur de faire le spectacle. Malheureusement pour cette année, l’Afrique ne sera pas représentée, lors des éditions précédentes les coureurs de l’Afrique de l’Est s’étaient bien installés dans le peloton du Tour de France. On pense notamment aux érythréens Natnael Berhane, Daniel Teklehaimanot (il fut en 2015 le premier coureur africain noir à revêtir un maillot distinctif sur le Tour de France), Merhawi Kudus à l’éthiopien Tsgabu Grmay. Le jeune et très talentueux coureur rwandais Joseph Areruya aurait pu participer à la Grande boucle mais son équipe, Delko Marseille n’a pas été invitée par les organisateurs du Tour. Ce n’est que partie remise car le continent africain dispose d’un formidable vivier de coureurs qui vont sans aucun doute bouleverser la hiérarchie mondiale dans les années à venir. Du 29 août au 20 septembre je vous ferai ressentir les frissons du Tour de France, une épreuve sportive pas comme les autres. Que du bonheur.


Dans le monde d’après, les femmes veulent faire entendre leurs voix

Mondoblog lance le projet Mondoblog, unis contre le Covid-19, pour raconter l’évolution et les conséque⁸nces de la pandémie de coronavirus du point de vue des Mondoblogueurs sahéliens.


La pandémie de coronavirus sonne comme un véritable challenge pour le Burkina Faso. Ce minuscule virus a réussi à ébranler tous les secteurs d’activité au Faso. Les Burkinabè n’auraient jamais pu imaginer qu’ils allaient être confrontés à un contexte aussi exceptionnel. Malgré les nombreuses insuffisances du système sanitaire, le pays des Hommes intègres a mené une riposte honorable face au Covid-19. Le nombre de cas de contamination est largement en baisse et la vie est en train de reprendre timidement son cour. Durant cette période délicate, il faut dire que les populations ont adopté des stratégies de résilience afin de faire face aux conséquences du coronavirus. La gent féminine s’est particulièrement illustrée dans de nombreux domaines et tout porte à croire que la voix des femmes va énormément compter dans le monde d’après.

Les groupements de femmes

Les femmes ont fait preuve d’une discipline, d’un état d’esprit et d’une détermination impressionnante pendant cette période de crise sanitaire. Si l’on prend le domaine de l’agriculture par exemple, les femmes ont été en première ligne afin de permettre à la ville de Bobo-Dioulasso d’être ravitaillée en fruits et légumes durant la période de quarantaine où les frontières étaient fermées.

En fait, dans le secteur agricole, les femmes ont très vite compris qu’il fallait innover pour que la ville de Sya ne manque pas de produits agricoles. De nombreux groupements de femmes ont décidé de faire bloc pour changer de méthode de production et mettre en avant l’agroécologie. Elles avaient vraiment une longueur d’avance. A Bobo, comme à Nasso (localité située à 15 km Bobo) ou même Samendéni (commune agricole à 25 km), les productrices ont accompli un travail fantastique avec des moyens limités pour approvisionner régulièrement les marchés de Bobo-Dioulasso. J’ai pu m’entretenir avec une dame qui fait partie d’un groupement de productrices dans la vallée de Samendéni. Elle m’a expliqué comment elle et ses collègues se sont adaptées à la situation imposée par la crise sanitaire, et comment elles ont réussi à produire en quantité et en qualité à un moment où la situation était difficile. 

« Avant que le Covid-19 n’apparaisse, on évoluait à petite échelle, la situation a changé radicalement vers le milieu du mois d’avril. Avec la fermeture des frontières et la quarantaine, de nombreux agriculteurs étaient découragés car ils voyaient leurs produits pourrir sans pouvoir faire quoi que ce soit. Entre-temps, le problème de la pénurie s’est posé et c’est là que nous les femmes productrices de la région avons décidé d’agir. Tous les groupements de femmes de la zone se sont rassemblés pour travailler ensemble. On a choisi de mettre l’accent sur l’agroécologie, une technique qui permet d’avoir rapidement divers types de cultures, sans utiliser de pesticides chimiques. On a réussi notre pari (rires) car presque chaque semaine jusqu’à aujourd’hui, on reçoit de nombreuses commandes de Bobo-Dioulasso. Nous les femmes, nous sommes plus fortes quand nous travaillons ensemble, rien ne peut nous arrêter quand on a un objectif commun, pas même le Covid-19 (rires). Nous avons montré à tout le monde notre savoir-faire et nous allons continuer sur cette même lancée après la maladie. Il y a quelques mois, on faisait l’agriculture juste pour aider nos familles à se prendre en charge, mais le Covid-19 nous a montré qu’on peut faire plus et changer notre société. Nous n’avons plus peur. »

Mariétou, agricultrice
Mariétou s’affaire à recueillir de l’eau pour le champ © Amos Traore
Domaine du groupement agricole de Samendéni © Amos Traore

Les indépendantes

Dans le secteur des biens et services, les femmes ont également donné de l’élan. J’ai pu constater cela lorsque j’ai reçu un colis il y a quelques semaines. Une femme qui travaille pour la gare routière à côté de chez moi, où le colis a été envoyé, s’est chargée de venir me remettre le paquet. Elle ne s’est pas contentée de me livrer le colis, elle a pris le soin de me sensibiliser sur les gestes barrières lors de mes prochains déplacements à la gare. Elle m’a également offert une bouteille de gel hydroalcoolique. Pour m’expliquer sa démarche, la livreuse m’a indiqué que les femmes sont beaucoup plus attentionnées et plus aptes à trouver des solutions innovantes pour faire face à des périodes compliquées. Selon elle, il est de son devoir de m’apporter toute son attention (à noter que la jeune femme n’avait pas été mandatée pour me sensibiliser, elle devait juste me livrer le colis). Elle m’a expliqué à quel point elle aimerait voir les femmes se positionner dans les instances de prises de décisions au niveau national pour faire bouger les lignes. Pour finir, elle m’a confié sans sourciller que si les femmes avaient les pleins pouvoirs, la question du terrorisme, de l’instabilité sécuritaire et biens d’autres problèmes du pays seraient très vite réglés. Selon elle, ce ne sont pas les armes et les beaux discours creux qui doivent êtres mis en avant, mais plutôt la part d’humanité qui est en chacun de nous. Incroyable que fut ma rencontre avec cette livreuse dynamique, attentionnée et visionnaire, j’ai reçu une vraie claque ce jour-là !

Dans les établissements bancaires, les marchés, certaines administrations publiques, j’ai constaté que les femmes sont en première ligne. Elles s’activent pour prendre soin de tout le monde et on sent qu’elles veulent faire évoluer les choses. En fait, avec l’arrivée du coronavirus, les femmes ont bénéficié d’un vrai coup de projecteur quant à leurs façons de participer à la résolution des problèmes de notre société. Si elles se réunissent et décident de cheminer dans la même direction pour faire faire changer les choses, cela peut donner des résultats fabuleux. Personnellement, j’y crois ! Ce qui est sûr, c’est que les femmes sont décidées, le Covid-19 a révélé leur incroyable potentiel d’adaptation. Elles sont un véritable levier pour un changement qualitatif. La pandémie de coronavirus nous oblige à revoir des croyances qui sont fortement enracinées. Dans le monde d’après, les femmes sont appelées à pulvériser ces croyances, la marche est enclenchée et le cap est désormais mis sur l’avenir.