Amos Joel Yohane Traore

Burkina Faso : petit à petit, le rugby fait son nid…

Le Burkina Faso est un pays qui a une grande culture sportive. Le pays des Hommes Intègres a toujours engrangé des résultats significatifs dans des disciplines sportives comme le football, l’athlétisme ou encore le cyclisme.

Ces dernières années, il y a eu l’émergence de nouvelles disciplines qui peuvent permettre au Burkina Faso de participer à de grandes compétitions internationales.

On peut notamment évoquer le cas du rugby, qui se développe de manière fulgurante au Burkina Faso. Le monde de l’ovalie burkinabè s’est implanté et s’est structuré afin d’atteindre des objectifs à moyen et long terme.

Malgré les moyens limités dont dispose la fédération burkinabè de rugby, l’équipe de la présidente, Rolande Boro (l’unique femme qui dirige une instance sportive au Burkina) a mis en place différents mécanismes innovants pour développer ce sport.

Une discipline qui s’implante

Il y a un formidable travail réalisé au niveau de la détection des talents, la structuration des équipes nationales et l’implantation de points focaux.

Antoine Yaméogo est international burkinabè et sélectionneur de l’équipe du Burkina Faso des moins de 18 ans. Il est un élément essentiel du développement du rugby au Burkina Faso et il me fait l’immense honneur de m’accorder cet entretien.

Antoine Yaméogo, merci pour votre disponibilité, pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Antoine Yaméogo, j’ai 29 ans et suis joueur de rugby pour les Etalons de Burkina Faso.

Quel est votre parcours dans le monde de l’ovalie ?

J’ai commencé le rugby à l’âge de 9 ans à Bagneux, un club familial de la banlieue parisienne. Par la suite, j’ai intégré l’équipe des moins de 17 ans de Massy (un très grand club formateur français) où j’ai pu m’aguerrir et en parallèle, je suis rentré en sport étude au lycée Lakanal, dans le pôle espoir. J’ai ensuite été recruté par le stade français, ou j’ai passé sept saisons avec quelques entraînements et un match en professionnel (un très grand souvenir). Ne pouvant pas signer de contrat professionnel, j’ai repris mes études jusqu’au master, en continuant à jouer à l’échelon semi-professionnel. J’ai intégré les Etalons en 2017.

Quelle est la place du Burkina Faso sur l’échiquier du rugby africain ?

Actuellement, si on se réfère au classement, on se situe à la 20e place africaine. Notre objectif est de nous qualifier pour le tournoi final de qualification de la coupe de monde 2023 zone Afrique, et donc de figurer au 12e rang africain.

Entraînement intense pour atteindre les objectifs. Crédit Photo : Antoine Yaméogo, avec son accord pour utilisation

Rêver grand

Depuis peu, le Burkina est reconnu par la World Rugby. Qu’est-ce que cela change pour le pays en termes de représentativité ?

Déjà sur le plan sportif, cela nous donne accès à des compétitions internationales de premier plan. On peut citer les éliminatoires de la coupe du monde à 15 et à 7 masculin et féminin, mais également aux Jeux Olympiques. Sur le plan continental, nous jouons désormais dans la « cour des grands » et cela nous donne une légitimité ! Cela valide aussi le travail qui est fait depuis de nombreuses années au Burkina. C’est le début de quelque chose de grand pour notre pays.

Vous avez la particularité de combiner votre statut d’international à vos fonctions d’entraîneur des U18. Comment vous arrivez à gérer cette double casquette ?

De mon point de vue, je pense que ces 2 fonctions sont transverses. J’entends par là que ça me permet d’analyser la relève et compléter la formation déjà faite jusqu’à présent pour ainsi proposer que les meilleurs éléments rejoignent le groupe senior. Cela se fait tout naturellement quand je me rends au Burkina, pour une compétition ou bien saluer ma famille. Je passe toujours faire un tour et assister à des matchs de jeunes. L’équipe a l’ambition de faire un résultat lors des prochains Jeux Olympiques de la jeunesse africaine en Éthiopie, en 2022. Nous avions fait 4e (sur 10) en 2018 à Alger devant des pays comme la Côte d’Ivoire, les 3 pays du Maghreb ou bien encore le Sénégal. Nous voulons faire encore mieux que la dernière fois et ramener une médaille au Faso cette fois-ci.

Antoine Yaméogo et un membre du staff technique. Crédit Photo : Antoine Yaméogo avec son accord pour utilisation

Une formation à la base

Quel est le niveau général du championnat burkinabé ?

Je n’ai pas eu l’opportunité d’évoluer dans le championnat burkinabè. Par conséquent, je me réserve de donner une analyse sur le niveau du championnat.

Bien vrai que vous ne jouez pas au sein du championnat, cependant est ce qu’il y a un championnat de D1 ou D2 comme ce qui se fait au football ?

Oui bien sûr, il y a un championnat national masculin, féminin et junior avec une dizaine d’équipes.

Y’a t-il des joueurs internationaux qui évolue au sein du championnat burkinabé ou bien vous évoluez tous à l’extérieur ?

Il y en a quelques uns en Côte d’Ivoire et il existe d’autres bi-nationaux en France, que je tente de convaincre pour rejoindre notre projet au Burkina.

Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontés dans vos missions (international et entraîneur U18) ?

Je dirais la préparation, surtout. Elle peut être améliorer mais on fait de notre mieux avec les moyens qu’on nous donne. On se rend compte que les résultats ne sont pas si mal, donc avec un peu plus de considérations de nos autorités, notre avenir s’annonce radieux.

L’équipe est à pied d’oeuvre. Crédit Photo: Antoine Yaméogo, avec son accord pour utilisation
Dans un pays où le football est roi, quel est le regard des burkinabè sur la pratique du rugby ? Y a t-il un nombre suffisant de licenciés ?

On remédie à cela en essayant d’implanter le rugby dans les écoles, les casernes de police, militaire, pour augmenter le nombre de pratiquants et vulgariser la discipline.

Le rugby a cette particularité de se jouer à 15 et à 7. Est ce qu’on retrouve ces deux options au Burkina Faso ?

Bien évidemment, nous pratiquons les deux rugby aussi bien chez les femmes que chez les hommes.

Affronter de grosses cylindrées

Avec la reconnaissance par la World Rugby, le Burkina Faso pourra participer aux Éliminatoires de la Coupe du monde France 2023. Quand on sait que l’Afrique du Sud, championne du monde en titre est intouchable, quelles sont les chances du Burkina de prendre part au mondial dans 2 ans ?

On va pas se raconter d’histoires. Elles sont infimes, mais tant qu’il y a de l’espoir, on se battra jusqu’au bout ! C’est dans l’ADN burkinabè. Notre objectif sportif est de se qualifier au tournoi final et de prendre ce qu’il y aura à prendre, notamment de l’expérience pour notre jeune équipe.

Crédit Photo: Antoine Yaméogo
Credit Photo: Antoine Yaméogo
Antoine, imaginons que le Burkina réussisse à se qualifier pour le mondial en France, qu’est ce que cela va représenter pour le pays ? Ça serait juste énorme que les Étalons puissent se frotter aux All Blacks de la Nouvelle Zélande, les wallabies de l’Australie, le XV de la rose anglais ou encore l’Irlande

Bien évidemment, je n’ose imaginer ce que cela provoquerait pour nous en tant que joueur et au pays. Nous allons déjà affronter ce qui se fait de mieux sur le continent africain. Personnellement, affronter le Kenya ou l’Ouganda est déjà une fabuleuse opportunité de progression incroyable.

Le meilleur reste à venir

La Nouvelle Zélande, considérée depuis des décennies comme la meilleure nation du monde possède une culture de l’ovalie sans nulle pareil. Est ce que le Burkina peut s’inspirer du modèle néo-zélandais pour développer le rugby ?

Je ne vis pas assez sur place au Burkina pour pouvoir répondre. Mais je dirais que s’inspirer des meilleurs est forcément salutaire ! Nous essayons d’ailleurs déjà de reprendre certains éléments comme l’implantation du rugby dans les écoles primaires ou encore faire une corrélation entre nos équipes jeunes et seniors. Aspects « copiés » sur le modèle néo-zélandais.

Le rugby a connu des joueurs fantastiques comme Jona Lomu, Richie Mccaw, Brian O’Driscoll, Thierry Dusotoir, Serge Blanco, Johnny Wilkinson, Dan Carter, Bryan Habana et pleins d’autres. Lequel de ces joueurs vous a le plus marqué et inspiré ?

En tant qu’Africain, je suis un fidèle suiveur des springboks de l’Afrique du Sud. De part la ressemblance physique, ainsi que le poste : Bryan Habana. J’ai eu la chance d’aller 4 fois dans ce pays, notamment pour des stages d’entraînement, et ce fut forcément des moments incroyables.

Si vous avez un message à adresser aux premières autorités et au peuple burkinabé, ça serait lequel ?

De continuer à croire en nous et notre potentiel, car nous avons besoin de soutien pour continuer nos efforts.


Les bienfaiteurs pour aînés : une initiative pour une société épanouie

Avec la pandémie de coronavirus, notre modèle sociétal a connu un profond bouleversement. Tout un système que l’on pensait invulnérable a été ébranlé. Le coronavirus a infecté des millions de personnes à travers le monde, et a causé beaucoup de décès.

Le taux de morbidité est plus élevé chez les personnes âgées. Mais personne n’est épargné. La maladie a eu un impact économique dévastateur, avec la perte de nombreux emplois. Les jeunes font partie de la tranche d’âge la plus impactée par les conséquences socio-économiques de la maladie à coronavirus.

Une mobilisation et des valeurs

En effet, au niveau mondial, les perspectives d’emplois s’amenuisent pour beaucoup de jeunes. Rien pour le moment ne laisse présager qu’il y aura une amélioration : la pandémie n’a pas encore été maîtrisée. Au Canada, dans la province du Québec une initiative a été mise en place dans le but de permettre aux jeunes de bénéficier d’expériences en apportant assistance à des personnes âgées. Il s’agit de l’initiative les « bienfaiteurs pour aînés ».

Ce programme permet à des jeunes étudiants d’horizons divers de faire une immersion dans leur communauté pendant cette période trouble pour porter assistance aux « aînés ». Partons à la découverte des étudiants de la concentration Entrepreneuriat de l’école secondaire privée Saint-Jean-Eudes au Québec.

Les jeunes de l’initiative qui prépare le ravitaillement des aînés, avec le sourire en plus! Crédit Photo: Jacques Pelletier depuis www.quebechebdo.com avec permission accordée pour usage

Ces jeunes ont fondé un groupe. Un genre de service d’aide pour les aînés afin de faciliter le quotidien de ces derniers, plus exposés au coronavirus. Ces jeunes se proposent donc de faire les courses des aînés, dans les épiceries par exemple. Cela permet de limiter les risques de contaminations sur les personnes âgées.

Une interaction entre deux générations

Il faut dire que lorsque la pandémie a frappé le Québec, les dirigeants ont instauré des mesures restrictives draconiennes. Ils ont appelé les personnes âgées à rester chez eux car ils faisaient partie de ce groupe de personnes dit « à risque ». Les seniors n’avaient d’autres choix que de se cloisonner chez eux. Etant donnée la situation, des jeunes étudiants ont décidé de faire quelque chose.

« Ça a commencé quand j’ai écouté la première annonce de François Legault qui demandait aux gens âgés de rester à la maison. J’ai pensé à mes grands-parents et je me suis demandé comment je pouvais me rendre utile? L’idée de faire l’épicerie des aînés m’est venue en tête et j’ai commencé à mettre les choses en place »

Alycia Lachance, étudiante de l’école secondaire privée Saint Jean-Eudes département concentration Entrepreneuriat

Cette bande de jeunes s’organise pour faire les courses des aînés. Ils ne demandent qu’une modique somme pour assurer leurs déplacements, le reste il gère (oh yeah, je les adore !!!). Pour être efficace et apporter assistance à une grande majorité de seniors, ils ont délimité leur surface d’intervention en trois zones que sont: Beauport, Charlesbourg et Limoilou.

Crédit Photo: Jacques Pelletier depuis www.quebechebdo.com avec permission accordée pour usage

Une organisation de tous les instants

Ces jeunes gens dynamiques, plein de volonté, et de détermination, sont remplis d’humanité. Ils veulent rendre la vie de leurs aînés plus agréable durant cette période exceptionnelle.

« C’est simple, il y a des gens de notre groupe qui résident dans ces territoires et c’est comme cela que nous avons décidé de la zone à couvrir. Le principe est que les gens peuvent nous donner leur liste d’épicerie sur notre page Facebook ou par téléphone et nous nous rendons à l’endroit qu’ils veulent pour faire les emplettes. Ils peuvent payer par virement interac ou par argent comptant. Nous ne demandons pas de dépôt à moins d’une épicerie qui va au-delà de 200$ »

Marika Poirier, membre du groupe d’aide

Lorsque la pandémie était à son pic durant la période de mars-avril, le pape François avait indiqué que la Covid-19 était une occasion pour l’être humain de faire un choix. Montrer soit son côté obscur soit sa bonté à la face du monde, eh bien, je crois que ces jeunes montrent la voie.

Conscient que le virus se propage très vite, les jeunes étudiants prennent toutes les dispositions pour respecter les mesures sanitaires, rien n’est laissé au hasard, une organisation quasi militaire est en vigueur et chaque membre doit s’y conformer scrupuleusement.

« On prend ça vraiment au sérieux. Il n’est pas question de contaminer qui que ce soit. On a beaucoup lu sur sur le sujet et nous avons consulté également un spécialiste. Nous désinfectons le panier d’épicerie avant de faire les emplettes. Nous portons des gants et des masques et quand nous allons porter les sacs, nous demandons aux personnes âgées de demeurer à une bonne distance (minimum de deux mètres) de notre personne »

Alycia Lachance.
Deux générations qui se tirent vers le haut, c’est tout simplement génial ! Crédit Photo: Jacques Pelletier depuis www.quebechebdo.com avec permission accordée pour usage

Poursuivre après la pandémie

L’initiative des « bienfaiteurs pour aînés«  permet de revitaliser le quotidien de ces jeunes étudiants. De nombreux jeunes sont aujourd’hui au bord de la dépression à cause de la monotonie de leur quotidien. Ils ne peuvent plus rencontrer grand monde à cause des règles imposées, par les mesures de restrictions, notamment dans les universités.

Cela permet aussi à ces jeunes qui préparent une carrière d’entrepreneur, de se familiariser avec le quotidien d’un entrepreneur actif. Il va à la rencontre des gens, recueillent leurs besoins. Il crée ensuite un bien ou un service capable de prendre en compte ces besoins.

En plus du bonheur et de l’assistance qu’ils apportent à leurs aînées, ces jeunes peuvent bénéficier de nombreux conseils et astuces qui vont les aider dans leur parcours de vie. Ce n’est que du bénéfice. Les jeunes bienfaiteurs comptent poursuivre l’initiative après la pandémie.

« Finalement, j’aimerais ajouter que le service restera disponible même si notre école ouvre à nouveau ses portes. Nous serons là pour nos utilisateurs, ce n’est pas drôle de rester enfermé à la maison, et si on peut leur faciliter la vie, on va le faire »

Alycia Lachance

Les membres de l’initiative ne veulent pas s’arrêter en si bon chemin. Ils ont commencé cette formidable aventure il y a quelques mois, lorsque les écoles et universités avaient dû fermer leurs portes pour freiner la propagation du coronavirus. Ces futurs jeunes entrepreneurs envoient un message, une leçon de vie pour montrer que tout le monde peut s’occuper de maintenant pour le bien de demain.

« Je pense aux gens. C’est ce qui me préoccupe : les gens. Penser aux gens est une onction, ça me fait du bien, ça me sort de la préoccupation de moi-même »

Pape François

Vous pouvez retrouver l’actualité de ces braves jeunes gens sur la page Facebook officielle Les jeunes à l’action


Biodosa, veut faire de l’économie verte une réalité au Cap Vert

Deritson de Pina et Alex Mascarenhas sont deux jeunes étudiants en chimie au Cap Vert. Les deux chimistes ont mis sur pied la marque Biodosa, avec pour ambition d’en faire une référence en matière d’entreprise eco-responsable.

La gestion efficiente des déchets est une problématique sur le continent africain. Il urge de trouver des solutions adaptées pour faire du recyclage des déchets un levier pour le développement de l’Afrique. Deritson de Pina et Alex Mascarenhas ont compris cet enjeu, raison pour laquelle ils ont fondé Biodosa.

L’entreprise des deux caps verdiens est spécialisée dans le recyclage des huiles de cuisson qui pullulent dans de nombreuses villes de la presqu’île. Ces huiles de cuisson sont nocives pour la santé et pour l’environnement.

Grâce à leur ingéniosité et leur volonté de préserver l’environnement, de Pina et Mascarenhas transforment les huiles de cuisson en savons et autres détergents. Biodosa met ainsi à la disposition du marché cap verdien, une gamme variée de produits locaux de très bonne qualité. Les débuts de l’entreprise ont été compliqué mais les deux jeunes avaient foi en leur projet et ils ont maintenu le cap.

Aujourd’hui, Biodosa est une startup dynamique qui impacte positivement sur la société. Pour la rédaction de ce billet, Deritson de Pina nous fait l’honneur de nous accorder cet entretien dans lequel il nous parlera de Biodosa et de sa vision du développement endogène.

Le jeune chimiste a indiqué qu’au Cap Vert il n’y a pas assez d’entreprise avec une vision écologique. Il souhaite que la donne change dans les années à venir. Une économie basée sur la préservation de l’environnement est pourvoyeuse d’énormes opportunités d’emplois pour les jeunes et dynamise l’économie plus que n’importe quel domaine.

Bonjour Deritson, pouvez-vous vous présenter ?

Je suis Deritson de Pina, j’ai 26 ans, je suis diplômé en génie chimique et biologique de l’Université du Cap Vert, je suis de la ville de Pedra Bedejo, île de Santiago, Cap Vert.

– Qu’est-ce qui vous a amené à créer Biodosa ?

L’idée de créer Biodosa est venue en 4ème année du cours alors que nous étudions les principes de recyclage. Mon collègue Alex Mascarenhas et moi voulions mettre en pratique ces leçons apprises pendant l’année de cours. . En même temps, en tant qu’ingénieurs chimistes, nous sommes préoccupés par l’environnement, c’est là que Biodosa est né.

Nous avons vu une opportunité. Ici au Cap-Vert il n’y a pas d’entreprises liées à la branche écologique et nous sommes un pays écologiquement faible. Il n’y a quasiment pas d’entreprises qui gèrent les déchets autres que le brûlage ou aller à la zone sanitaire. C’est la raison pour laquelle nous avons donc créé Biodosa dans le sens d’occuper cet espace écologique ici dans notre pays.

Deritson dans l’usine de fabrication Biodosa Crédit Photo: Deritson de Pina avec son accord pour utilisation

– De nombreux pays africains sont confrontés au problème de la gestion des déchets. Comment Biodosa peut-elle participer à la préservation de l’environnement ?

Cela se produit dans de nombreux pays et le nôtre ne fait pas exception. Dans cette optique, Biodosa souhaite établir une référence en matière de protection de l’environnement. Le projet est réutiliser les déchets pour les transformer en produits respectueux de l’environnement. En ce moment, nous protégeons l’environnement de l’un des résidus les plus polluants, l’huile de cuisson usée, en les réutilisant dans la production de savon et de détergent.

– Quel est le processus de traitement des huiles alimentaires pour la fabrication de bougies, de détergents et de savons ?

Le procédé adopté est le procédé à froid et nous le faisons de manière artisanale. Nous faisons d’abord un prétraitement de l’huile avant de commencer la production, où nous éliminerons les résidus et l’odeur de l’huile. Ensuite, on commence la production en la plaçant sur un plateau pour refroidir pendant 24 heures et effectuer la coupe. Nous la laissons mûrir pendant une période d’une semaine, puis nous l’emballons.

Rien n’est laissé au hasard chez Biodosa Crédit Photo: Deritson de Pina
Un processus de transformation innovant made in Biodosa

– Les produits Biodosa sont-ils vendus à l’étranger ?

Nos produits ne sont pas encore vendus à l’étranger car nous en sommes encore au début. C’est un nouveau produit, nous conquérons notre espace et la confiance des gens. Ici, il y a une certaine méfiance aux produits fabriqués par les entrepreneurs locaux et encore plus un produit écologique. Mais notre idée est d’être une grande entreprise et d’exporter vers les pays de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dans un proche avenir.

Voici ce qu’on peut faire avec de l’ingéniosité Crédit Photo: Deritson de Pina
Une gamme de produits de chez Biodosa Crédit Photo: Deritson de Pina

– Comment la société Biodosa évolue t-elle au Cap-Vert ? Vos produits remportent-ils un grand succès auprès de vos concitoyens ?

Biodosa évolue d’une manière formidable. Nous avons déjà trouvé notre espace, nous avons déjà la confiance de nos clients. Notre travail a attiré l’attention du gouvernement et je pense que dans un très proche nous serons sur la liste des entreprises qui gèrent la gestion des déchets ici au Cap-Vert. Nos produits parlent d’eux-mêmes. Nous misons toujours sur la qualité, nous connaissons déjà les besoins de nos concitoyens et je crois que nous en saurons encore plus.

Gel hydroalcoolique made in Biodosa Crédit Photo: Deritson de Pina

– Comment voyez-vous le domaine de la recherche scientifique (chimie) au Cap-Vert et en général en Afrique ? Avons-nous suffisamment de chercheurs pour innover comme vous le faites actuellement ?

Nous avons beaucoup de jeunes avec beaucoup de talent mais ici au Cap Vert et en Afrique en général nous avons peu d’opportunités et peu d’aide. Dans ces conditions, de nombreux jeunes talents optent pour l’émigration et vont travailler pour développer les autres pays.

C’est pourquoi, les autres continents sont bien développés et nous ne le sommes pas. Je dis que la recherche (chimie) est ici peu explorée car nous sommes un pays importateur et non un producteur. Nous avons de nombreuses conditions et matières locales pour être un pays producteur.

– Êtes-vous soutenu par le gouvernement cap-verdien dans vos travaux de recherche et dans la valorisation des huiles alimentaires usagées ?

L’économie verte ici au Cap-Vert est rarement évoquée ou pas du tout. Mais, c’est encore un nouveau concept dans notre pays et les écologistes recherchent notre espace. Nous avons besoin de plus de concours liés à l’environnement, de plus de soutien et non de ce que nous avons ici qui incite à consentir des prêts, des prêts qui fragilisent la pérennité des entreprises innovantes.

– Quels sont vos besoins pour passer au niveau suivant ?

En ce moment, la plus grande difficulté est de trouver un espace, une installation, pour Biodosa. En effet nous sommes toujours chez nous et nous avons déjà enregistré notre entreprise sous le régime REMPE (régime juridique des entreprises au Cap Vert). Cependant nous devons avoir nos propres installation car nous travaillons à la transformation des produits. Une autre difficulté est le transport car nous devons collecter le pétrole et aussi livrer nos produits aux magasins et diriger l’entreprise. Dans la plupart des cas, nous allons à pied ou en bus.

Crédit Photo: Deritson de Pina

– Quelles sont vos ambitions pour l’avenir ?

Nous voulons être la plus grande entreprise écologique du Cap-Vert. Se faire une référence en matière de protection de l’environnement et créer de nombreux emplois. Nous voulons avoir des machines mais nous voulons aussi avoir beaucoup de main d’œuvre pour employer beaucoup de gens.

Transmettre le savoir aux générations futures pour mettre à la disposition du Cap Vert des entrepreneurs créatifs Crédit Photo: Deritson de Pina

– Quels messages voulez-vous envoyer aux dirigeants et aux jeunes africains ?

Aux dirigeants je vous demande d’être plus solidaires et d’avoir de la vision. Ouvrez toutes les portes aux entrepreneurs. Il y a des jeunes comme nous qui ont besoin de très peu pour créer de la valeur. Je dis aux jeunes qu’ils n’abandonnent jamais leurs rêves qui un jour se réaliseront. Ils font toujours les choses avec l’intention d’être les meilleurs et les plus indépendants du pays dans lequel ils vivent. Je demande à mes jeunes frères de ne pas opter pour l’émigration ou si vous y allez, allez-y et revenez car nous sommes l’avenir de notre pays. Tout comme nous sommes partis de rien, juste avec une idée en tête vous pouvez aussi réalisez des exploits. Aujourd’hui, nous conquérons de nombreux endroits et un jour nous irons à l’assaut du monde.

Deritson de Pina et Alex Mascarenhas sont des exemples parfaits d’une jeunesse africaine qui compte participer à la construction du monde de demain. Les deux jeunes entrepreneurs et innovateurs ont besoin de soutien. Comme Deritson l’a indiqué, ils n’ont pas besoin de grandes choses pour réaliser des choses extraordinaires. Vous pouvez suivre l’actualité des deux chimistes aux adresses suivantes:

Facebook: Biodosa

Instagram: biodosa_rendosa

Le logo officiel de l’entreprise


L’Imagination Car, voiture solaire made in Sierra Leone

L’Afrique est en pleine effervescence. La nouvelle génération veut donner la meilleure version d’elle-même pour faire briller le continent. Emmanuel Alie Mansaray est un jeune sierra-léonais d’une vingtaine d’années qui étudie la géologie. Il a mis au point l’Imagination Car

Innover à partir de rien

Emmanuel possède plusieurs cordes à son arc. Grand passionné d’ingénierie mécanique qui a à son actif plusieurs types d’invention, il est très ambitieux. Emmanuel ne se fixe donc aucune limite.

Il veut aussi montrer que dans son pays, il y a du talent, de la créativité et de l’audace. C’est ainsi qu’avec presque rien, le jeune homme de 24 ans a fabriqué  » l’Imagination Car ». Un prototype de voiture fonctionnant à l’énergie solaire.

La Sierra Leone, comme de nombreux pays dans le monde, est confrontée aux problèmes de la gestion des déchets. En particulier de la ferraille, et des autres détritus électroniques.

Emmanuel a eu une idée géniale : recycler les déchets électroniques pour en faire une matière première, pour la fabrication de voitures solaires. De plus, l’innovation du jeune homme fonctionne à l’énergie solaire.

Conscient de la nécessité de préserver l’environnement, le jeune sierra-léonais prouve qu’il est possible de basculer vers un nouveau modèle. Pour la rédaction de ce billet, Emmanuel nous fait l’honneur de nous accorder cette interview.

Dans cet entretien, le jeune inventeur nous parle de ses objectifs, de ses prototypes de voitures, et de sa vision de l’innovation en Afrique.

Emmanuel Mansary et le rêve d’une Afrique tournée vers l’innovation

Bonjour Emmanuel, pouvez-vous vous présentez ?

Je m’appelle Emmanuel Alie Mansaray et je suis Sierra-Léonais. Je suis un ingénieur autodidacte, un inventeur, un écrivain, et un expert en énergies renouvelables et un conférencier motivateur.

J’ai 24 ans, je suis passionné par l’environnement et aussi par la résolution des problèmes sociaux de ma communauté.

Mon parcours a commencé au lycée méthodiste pour garçons où j’ai terminé mes études secondaires. J’ai poursuivi ensuite à l’Université Fourah Bay où je suis en train de passer mon premier diplôme ( BSc en géologie)

Vous êtes passionnés par l’ingénierie, est ce le seul domaine que vous étudiez ?

Je suis un passionné de l’ingénierie mécanique, mais ma conception de l’ingénierie est différente car je suis un ingénieur qui pense par lui-même. De plus, je suis en train de passer une licence de géologie au Fourah Bay College (Université de Sierra-Leone). Je suis à la fois ingénieur et géologue.

Une invention qui préserve la santé des populations

Comment vous est venue l’idée de fabriquer des voitures solaires à partir de ferraille recyclée ?

J’ai commencé à innover dès le plus jeune âge. Lorsque j’étais enfant, je me rendais généralement à la poubelle pour récupérer les pièces électroniques usagées.

Je les ramenais à la maison propres, bien modifiées et je les intégrais dans une technologie différente. Par exemple le générateur que nous utilisions pour étudier pendant la nuit. Mon engagement dans l’innovation est le résultat de ma passion pour l’environnement.

J’aime résoudre les problèmes urgents que les gens rencontrent dans ma communauté. La voiture de l’imaginaire a été construite d’abord grâce à mon idée d’inventer une technologie créative pour résoudre les problèmes sociaux de ma communauté.

J’ai donc décidé de créer la « voiture solaire de l’imagination ». Elle est alimentée par le soleil pour réduire le risque de contracter des maladies respiratoires, comme le cancer du poumon, l’asthme, etc. Elles sont causées par l’inhalation de fumées dangereuses émises par les voitures utilisant d’autres types de carburant (fossile, gazeux et liquide).

L’Imagination Car, le premier prototype de voiture solaire en Sierra Leone Crédit Photo: Emmanuel Alie Mansary avec son accord pour utilisation
Crédit Photo: Emmanuel Alie Mansary

Une source d’énergie inépuisable

En 2018, le nombre de décès dus à des maladies chroniques des voies respiratoires inférieures (y compris l’asthme) dans le monde est de 159 486. Les maladies respiratoires sont classées au 4e rang des causes de décès dans le monde*.

L’objectif 7 des Objectifs de Développement Durable parle d’énergie propre. Le fait qu’une voiture solaire utilise l’énergie solaire pour le transport permettra d’assainir l’atmosphère. Cela permettra aussi de réduire le risque d’émissions gazeuses dangereuses qui ont entraîné la mort de milliers de personnes dans le monde.

De plus, ma voiture solaire ne pollue pas. Elle fonctionne en convertissant la lumière du soleil en énergie électrique grâce à des cellules photovoltaïques. Par conséquent, elle ne produit pas d’émissions nocives ou dangereuses.

L’énergie solaire est une source renouvelable. La lumière du soleil qui est utilisée aujourd’hui pour alimenter cette voiture sera toujours là demain. Elle continuera à briller pendant des années, tout comme la « voiture solaire de l’imagination ».

Innover pour transformer l’Afrique

Quelles sont les caractéristiques de vos voitures solaires ?

Imagination Solar Car est la première voiture solaire fabriquée localement en Sierra Leone. C’est une voiture écologique, qui n’utilise aucun combustible fossile pour l’alimenter. La carrosserie de la voiture est construite avec du bambou (bâton de canne).

Le bambou est un matériau local que l’on retrouve partout. Cette voiture peut parcourir une distance de 15 km par heure sur une route goudronnée.
L’Imagination Car est équipée d’un grand panneau solaire qui alimente le moteur et fait également office d’auvent.

La voiture est équipée d’un moteur qui est différent de toutes les autres voitures. Avec trois vitesses qui lui sont fixées pour les mouvements avant et arrière. Elle est équipée d’un feu de circulation gauche et droit. Il ya aussi un klaxon, quatre phares et un système de freinage précis. Elle a deux portes et deux rétroviseurs fixés sur ses flancs gauche et droit.

Emmanuel dans son atelier de création entrain d’apporter des modifications à sa voiture Crédit Photo: Emmanuel Alie Mansary avec son accord pour utilisation

Quels sont vos projets actuels ? Avez-vous commencé à faire de nouvelles inventions ?

mon projet actuel est l’Imagination Car et l’Eco Generator qui est un générateur fonctionnant sans carburant. J’ai mis en place des plans pour démarrer ma nouvelle invention dès que possible..

Êtes-vous soutenu par le gouvernement de la Sierra Leone dans votre travail d’innovation ?

Depuis que j’ai commencé mes travaux, je n’ai eu aucun soutien du gouvernement de la Sierra Leone. J’ai utilisé l’indemnité journalière de repas de mes parents pour aider à financer mes projets.

Seriez-vous prêt à collaborer avec les grandes marques automobiles étrangères si vous recevez des demandes de collaboration ?

Oui, je serais prêt à collaborer avec les grandes marques automobiles étrangères..

Un génie qui demande du soutien

De quoi avez-vous besoin pour passer à l’étape suivante ?

J’ai besoin de fonds, de partenariats, d’opportunités, d’investisseurs, de bourses.

Crédit Photo: Emmanuel Alie Mansary

Emmanuel, si vous êtes capable de fabriquer des voitures solaires, cela signifie-t-il que vous pouvez également fabriquer des avions ou des bateaux fonctionnant à l’énergie solaire ?

La voiture solaire n’est qu’un début. Je peux faire plus que ça. Construire des avions et des bateaux qui peuvent être alimentés par l’énergie solaire, c’est le même principe que pour la voiture.

Quel regard portez vous sur le domaine scientifique en Afrique ? Pensez-vous que les innovations africaines sont suffisamment valorisées ?

Le domaine scientifique en Afrique est grand. Nous avons de très jeunes grands esprits, je crois que cela va changer le récit de l’Afrique. Nos innovations ici en Afrique sont uniques et appréciées. En effet, elles ont permis de résoudre des problèmes urgents dans nos communautés.

Le meilleur reste à venir

Quels sont vos projets pour l’avenir ? Avez-vous déposé un brevet pour vos créations ?

Je prévois de créer une entreprise où une partie de mes produits seraient fabriqués. Cela va permettre de créer des possibilités d’emplois pour nos jeunes. Il est également prévu de créer un institut où les gens vont acquérir différentes compétences afin qu’ils puissent aussi contribuer au développement de la nation. Je n’ai pas encore enregistré et breveté mes créations, mais j’envisage de le faire.

Quels messages voulez-vous envoyer aux dirigeants et aux jeunes africains ?

Chers dirigeants africains, encouragez les jeunes, en particulier les jeunes qui ont de grands esprits, les jeunes qui sont prêts à changer le récit de l’Afrique. S’il-vous-plaît, soutenez-les et améliorez leurs compétences pour que leurs talents ne meurent pas.

Message aux jeunes. Nous, les jeunes, sommes les leaders d’aujourd’hui. Ne nous laissons pas distraire. Soyons concentrés et travailleurs. Ne nous laissons pas utiliser par nos dirigeants pour faire de mauvaises choses, à cause du manque d’argent. Soyons sages et concentrons-nous sur nos rêves et nos objectifs.

*Source : National Vital Statistics System – Mortality Data (2018) via CDC WONDER.

Pour suivre l’actualité d’Emmanuel Alie Mansary, rendez vous sur les liens suivants:

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La forêt de Yacouba Sawadogo, prix Nobel alternatif, ravagée par les flammes

Pour faire face à la famine qui sévissait dans son village, Yacouba Sawadogo avait deux choix. Soit il faisait comme les siens en quittant les lieux soit il restait pour développer des solutions résilientes. Eh bien, il a fait le deuxième choix, un choix qui a permis la renaissance d’une forêt. Aujourd’hui, la mythique forêt du vieux Yacouba et le travail de toute une vie est en danger.

La photo montre tout le désespoir de Yacouba Sawadogo. Le vieil homme de 80 ans à consacrer toute sa vie pour restaurer une grande forêt dans son village de Gourga situé à quelques kilomètres de la ville de Ouahigouya au Nord du Burkina Faso. En 2018, il a gagné le prix Nobel alternatif.

Il y a quelques décennies de cela, le village de l’octogénaire fut frappé de plein fouet par une terrible sécheresse qui a réduit à néant toute la végétation.

C’était le désarroi total. Plusieurs habitants ont dû quitter Gourga pour survivre, il était impossible de pratiquer l’agriculture et les animaux d’élevage n’avaient rien à manger.

Le village de Gourga se situe dans une zone où les terres sont considérées comme les plus arides du pays.

Face à cette situation catastrophique qui véhicule désespoir et fatalité, un homme a décidé de se lever pour déjouer tous les pronostics et faire renaître une forêt dans un paysage qui n’apportait plus d’espoirs. Cet homme, c’est Yacouba Sawadogo. Voici son histoire.

L’agriculteur a refusé de se résigner

Le vieux Sawadogo à lui seul est une légende. Un véritable héros des temps modernes. Avec abnégation, il a réussi à faire pousser une forêt de plusieurs hectares dans la zone de Gourga. Comment s’y est-il pris ? Yacouba a utilisé des techniques ancestrales pour reverdir le couvert végétal. Quand il a commencé son projet, nombreux de ses proches pensaient qu’il avait perdu la raison.

« Au début, quand je parlais de cette méthode aux gens, ils disaient que j’étais fou, que ça n’allait pas marcher. Mais j’avais un but et je ne les écoutais pas. Aujourd’hui, beaucoup m’aident dans cette tâche : je leur demande de planter les arbres et de s’en occuper régulièrement« , aime déclarer le vieil homme quand on lui rappelle son audace.

C’est la technique du Zai que le champion de la terre 2020 de l’ONU a adoptée. Durant 50 ans, il s’est évertué à ramener à la vie la biodiversité végétale.

Un modèle de coopération entre l’Homme et la nature

Yacouba Sawadogo, qui a évolué toute sa vie dans l’agriculture, est passé maître dans l’art de la technique du Zai. C’est une technique de régénération naturelle assistée pratiquée de génération en génération.

La technique du Zai est en totale symbiose avec l’environnement. Le but est de restaurer convenablement le couvert végétal et de fertiliser les sols. Grâce à son action très audacieuse, Sayouba Sawadogo a réussi à faire repousser plusieurs hectares d’arbres.

L’autre prouesse de l’agriculteur a été de maîtriser la circulation de l’eau. Il a construit des cordons pierreux, qui bloquent le ruissellement de l’eau. Toute chose qui permet de stopper l’érosion et de favoriser la conservation de l’humidité.

« Sur mon domaine de culture, j’ai d’abord construit de petites digues sur un petit espace. Ensuite, j’ai enfoui les graines des arbres dans de petits trous appelés zaï en y ajoutant du fumier organique. Mais le secret de cette méthode, ce sont les termites : elles nous aident beaucoup dans la restauration du couvert végétal.

Elles creusent des canalisations qui absorbent l’eau de pluie et au lieu de ruisseler, l’eau stagne. Les termites viennent aussi à la surface du sol pour chercher des feuilles à mange. Tout au long de leurs trajets, elles creusent des petites tranchées permettant au sol d’imbiber davantage d’eau. Et le résultat est là : les plantes poussent naturellement, et nous avons maintenant une grande forêt.

Je pense qu’on peut vulgariser cette pratique sur n’importe terrain. Depuis que j’ai développé cette méthode, je peux cultiver beaucoup plus facilement. je ne manque pas de nourriture pour ma famille. Souvent j’accueille de nombreux étrangers chez moi pour leur donner à manger. J’encourage les autres à travailler de la même façon pour la protection de la nature et la lutte contre la désertification.

Yacouba Sawadogo, sur le site internet des Observateurs de la chaîne France24

Le travail de toute une vie

La zone désertique et abandonnée de Gourga s’est littéralement transformé. Cette zone désertique où rien ne poussait est devenu une zone forestière.

Les populations, complètement ahuries et dépassées par l’exploit de Yacouba Sawadogo ont assisté au retour de tout un biotope (animaux, oiseaux, abeilles…).

Le site du vieux Yacouba a permis la reprise des activités sylvo-pastorales au grand bonheur des populations locales, qui ont effectué leur retour au bercail. Avec sa témérité, l’agriculteur est arrivé à protéger plusieurs espèces de plantes qu’on ne retrouve que dans cette forêt.

Pour élaborer des remèdes contre de nombreuses maladies dans le cadre de la médecine alternative, les populations se rendent dans la forêt de Yacouba Sawadogo. Il s’agit de trouver des plantes en voie de disparition qui possèdent des vertus insoupçonnées.

Le prix Nobel alternatif 2018 a fait renaître une forêt à partir de rien. Il a créé une faune et une flore unique en son genre qui fait le bonheur des populations. Surtout, l’initiative de Yacouba Sawadogo a grandement contribué à freiner l’avancée du désert.

Son modèle a été reproduit dans d’autres pays sahéliens comme le Niger. Dans nos pays, notamment sahéliens, nous avons pour habitude de nous plaindre face aux difficultés de notre environnement.

Nous sommes prêts à basculer dans la fatalité et le désespoir au moment où mère nature nous impose certaines contraintes.

Assister la nature pour le bien de tous

le prix Nobel alternatif a balayé d’un revers de la main tous ces préjugés et dogmes. Il a décidé d’agir pour aider la nature à reprendre ses droits.

Notre erreur, c’est de penser que la nature est quelque chose d’abstraite, d’inerte. Non, la nature est bien vivante, elle a une âme que nous, les Hommes, devons préserver.

Plus d’un hectare réduit en cendre. Crédit Photo : Naim Touré

Il y a des moments où cette nature est malade. Il lui faut un coup de main pour se régénérer. D’aucuns me diront que la nature à la capacité de se régénérer toute seule. Oui, c’est vrai, mais cette régénération n’est possible que si les conditions de vie sont optimales.

Yacouba l’a bien compris et c’est pour cela qu’il a consacré près d’une cinquantaine de sa vie à l’assistance de sa forêt afin que celle-ci puisse se régénérer.

Une forêt en danger

Aujourd’hui, le vieil homme qui arrive au crépuscule de sa vie continue de veiller sur sa forêt, l’œuvre de son existence.

L’octogénaire ne souhaite qu’une chose, pouvoir léguer ce trésor aux générations futures afin de lutter contre la désertification.

Malheureusement, Yacouba Sawadogo est confronté à deux maux qui sont en train d’enfoncer notre monde. L’hypocrisie et la cupidité des Hommes. Le champion de la terre 2020 à plusieurs fois alerté sur de nombreuses menaces qui pèsent sur sa forêt.

En effet, des individus sans scrupules ont pour projet de détruire une grande partie de la forêt. La raison est d’y installer des projets immobiliers.

Vous voyez la bêtise du Burkinabè ! Des instances communales en complicité avec des agences immobilières ont fait le forcing pour implanter des projets de construction d’habitation dans la forêt de Yacouba Sawadogo.

Pour protéger ce couvert végétal inestimable, le vieux Yacouba a lutté contre vent et marées pour faire échouer ces projet macabres.

Ce qui devait arriver arriva

Les lotissements dans la forêt avaient cessé un moment mais aujourd’hui, les menaces sur sa survie sont bien et bel réelles. Des gens sans scrupule n’hésitent pas à couper de nombreux arbres pour faire de l’espace.

« Des personnes viennent détruire ma forêt et je reste impuissant. J’ai même informé les agents forestiers et ceux-ci sont juste venus faire le constat. Si rien n’est fait, la forêt sera détruite. »

A cela s’ajoute la vente illicite de son site pour des lieux d’habitation.

« Pour éviter tout cela, je demande aux autorités de bien vouloir me délivrer un titre foncier et de m’aider à clôturer ma forêt. Sinon, ce sera un travail de plus de cinq décennies qui sera détruit très bientôt » dira le prix noble alternatif aux médias locaux.

Assis au milieu des cendres, le vieux Yacouba essaye de comprendre. Crédit Photo : Naim Touré, avec son autorisation pour utilisation
Plusieurs arbres ont été calcinés. Crédit Photo : Naim Touré avec son autorisation pour utilisation

Le prix nobel alternatif demande de l’aide

Il y a quelques mois, le ministre de l’environnement s’était déplacé sur le site du vieil agriculteur pour recueillir ses préoccupations.

L’autorité en charge des questions environnementales a indiqué que tout allait être mis en œuvre pour protéger la forêt. Bof, paroles vaines de politiciens à la recherche de publicité, il y a longtemps que j’ai arrêté de croire aux propos des politiques.

Après le passage en fanfare du ministre de l’environnement sur le site de Yacouba Sawadogo, c’est toujours silence radio.

Rien n’est fait pour protéger la forêt et le vieil homme se bat seul avec ses moyens pour préserver ce joyau de la voracité des intérêts égoïstes.

Malheureusement, il y a quelques jours, les pires craintes de Yacouba Sawadogo se sont réalisées. Une partie de sa forêt a été ravagée par les flammes, plus d’un hectare fut réduit en cendres.

Le vieux aura-t-il assez de force pour poursuivre le combat ? Quid de la nouvelle génération ?

Quand il s’est déporté sur les lieux, Yacouba était tout simplement abasourdi, estomaqué, il n’arrivait pas réalisé ce qu’il se passait.

Cette forêt, il l’a vu grandir au fil des ans, il l’a entretenu durant 5 décennies pour le bien-être des générations futures. Perdre tout d’un coup un hectare dans un incendie, s’est terrible, il n’y a pas de mots. Choqué et interloqué, Yacouba Sawadogo s’est assis au milieu des cendres comme pour pleurer la mort d’un enfant.

La photo a fait le tour des réseaux sociaux. Au même moment, un sentiment d’indignation général est né sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont apporté leur soutien sur la toile.

De plus, l’indignation va durer quelques jours puis s’estomper mais le vieux Sawadogo sera toujours là, en train de lutter seul. Ces dernières années, les Burkinabè se sont spécialisés dans l’hypocrisie et la mauvaise foi. Nous sommes devenus des spectateurs embourgeoisés qui regardent sans agir.

Il serait temps de nous réveiller et faire parler notre humanisme. Prenons l’exemple de la crise des déplacées internes. Le problème est là, mais nous continuons de vivre dans l’insouciance et nos premières autorités ne donnent pas l’exemple.

La forêt de Yacouba Sawadogo est un symbole national. C’est un trésor qu’il faut préserver à tout prix afin de stopper l’avancée du désert dans le pays.

Le vieux lui-même aime le rappeler, sa forêt ne lui appartient plus, elle appartient à tous les burkinabè. Il faut donc la préserver.

Avec l’accaparement des terres par les sociétés immobilières, le couvert végétal burkinabè se réduit considérablement. Toute chose paradoxal pour un pays du Sahel qui prétend lutter contre la désertification.

Crédit Photo: Naim Touré

Malgré le choc et le poids de l’âge, le champion de la terre est plus que déterminé

Après l’incendie d’une partie de la forêt du prix Nobel alternatif, des hommes de médias ont pu se déporter sur les lieux pour faire le constat.

Le vieux a indiqué qu’il n’écarte aucune piste. Selon lui, le départ d’incendie peut être d’origine humaine ou accidentel. Mais ce qu’il ne faut pas oublier c’est que le vieil homme avait prévenu il y a longtemps sur les dangers qui planent sur sa forêt.

Les autorités communales ont autorisé des lotissements qui sont en train de grignoter la forêt. En effet, le champion de la terre a même indiqué qu’il est parfois obligé d’implorer la clémence des propriétaires de maison pour que ceux-ci épargnent la vie des espèces végétales. Des espèces en voie de disparition qui jouent un rôle capitale dans la médecine.

« Lorsque j’ai été informé de l’incendie, j’ai voulu que l’autorité soit rapidement informée car c’est devenu une propriété commune.  Tout est possible mais nous ne suspectons personne et nous souhaiterons que l’autorité nous aide à la sécurisation de la forêt. Je ne comprends pas assez certaines choses. Ce sont mes enfants qui me représentent à certains niveaux ou cadres de rencontre. Je demande à tous ceux qui peuvent nous aider à  le faire pour le bien de tous », a déclaré le vieux Yacouba Sawadogo auprès du site faso-nord.info.

Le super héros Yacouba Sawadogo qui a dédié toute sa vie à la préservation de l’environnement appelle à l’aide. Il ne souhaite qu’une chose : clôturer sa forêt et bénéficier d’un titre foncier qui va lui permettre de mettre son site à l’abri de certains vautours.

La situation du vieux Sawadogo me rappelle les paroles de Papa Towndé. Lorsque je l’avais interviewé dans le cadre de la rédaction d’un billet en lien avec le Covid-19, « le Covid-19 et les anciens » , c’était le titre de l’article.

En outre, papa Towndé m’avait alors dit que le Covid-19 est une opportunité pour l’Homme de se réconcilier avec la nature car cette nature est la base de tout.

La génération actuelle selon papa Towndé doit se batte pour préserver la nature afin de sauver le monde. La survie de notre espèce est en jeu.

Agir au plus vite

Dans un autre de mes articles, j’alertais sur un rapport du  World Ressources Institute (WRI). Le rapport indiquait que de nombreux pays du Sahel dont le Burkina Faso risque d’être frappé par une grave pénurie d’eau dans les années à venir.

Le WRI a déclaré qu’il faut que les pays menacés adoptent des stratégies résilientes de préservation des ressources en eau. Cela leur permettra de faire face aux défis qui se profilent à l’horizon.

Les arbres jouent un grand rôle dans la préservation des ressources hydriques. Leurs racines stabilisent l’étanchéité des sols et favorise la circulation de l’eau et la régénérescence de la nappe phréatique.

Yacouba Sawadogo a compris cela depuis plusieurs années. Raison pour laquelle il se bat depuis près de 50 ans pour préserver la forêt. Le vieil homme a besoin de notre aide et toute assistance sera la bienvenue.

Par conséquent, l’agriculteur souhaite une clôture et un titre foncier mais il faut aller au-delà de ça. Il faut une action de grande envergure. Ce qui va rassurer le vieux sur le fait qu’il pourra passer le témoin à une génération consciente.

Tous ensemble avec Yacouba Sawadogo. Suite à l’incendie de la forêt, des internautes ont mis en ligne une pétition. Le but est d’aider le prix Nobel alternatif à préserver le site forestier. Le lien de la pétition est disponible ci dessous: 

Sauvons la forêt de papi Yacouba Sawadogo

Pour finir j’aimerais revenir sur ces paroles du chef indien Geronimo :

« Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonné, le dernier poisson pêché, alors vous découvrirez que l’argent ne se mange pas »